vendredi 22 juin 2007

Question de nez

Dans toute société, il existe des interdits. L'un d'entre eux, au Ghana, concerne le nez. Et ça me dérange passablement.

Il est absolument interdit de renifler, de sentir, de porter à son nez toute nourriture, ou liquide, ou autre - sentir sa main, ou sentir une bizarre d'odeur à l'extérieure - devant un Ghanéen. C'est impossible à faire, et on sent tout de suite une vive réaction des personnes présentes, si jamais il arrive de manquer à cette obligation sociale.

Ça me fait penser au jour où j'ai vu, à la faculté de foresterie, à l'Université Laval, pour la première fois, un jeune Africain, se promenant en plein milieu de la cafétéria, et tenant innocemment la main d'un autre jeune Africain. La réaction de mes amis Québécois - surtout mâles, vous devinez - n'a pas tardée. Grand malaise à la table. C'est venu les chercher au fond de tout leur être et naturellement, ils ont tourné la tête de l'autre côté du spectacle, en espérant que les amis Africains ne viennent pas leur faire un brin de causette, en passant.

Imaginez, un futur ingénieur forestier québécois, discourant dans un lieu rempli à craquer, avec deux autres hommes de couleur, qui se tiennent gentiment par la main... Pourtant, il le savent, c'est connu: spontanément, les Africains se donnent la main ou se tiennent pas l'épaule. La proximité du corps ne pose aucun problème, au contraire, elle démontre une amitié sincère. Malgré tout, le malaise de mes "chums de classe" était plus grand que la connaisance consciente.

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Malheureusement pour moi, sentir fait pourtant partie de mes habitudes bien ancrées, et en fait, c'est même un véritable plaisir que d'utiliser constamment mon sens olfactif, sans trop me cacher. Par exemple, humer un excellent vin, devant un expert en la matière, chose plutôt rare à Kintampo, heureusement, au final... même, sentir une fleur, quelle délice... Et la Laure, qui comprend, mais qui aime faire la coquine, et qui renifle à tout vent, tout ce qui passe... Elle le sait: pas devant un Ganéen, devant papa ou maman, mais jamais en publique. La gredine, elle le fait quand même, le sourire aux lèvres.

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Tient, l'autre jour, à la maison, notre aide-maison, Dorkas est venue me présenter un bol de maïs, qui était au frigo depuis moins de 24 heures, me demandant s'il fallait le jeter.

- L'as-tu senti?

Erreur fatale...

- Bien sûr que non, Madame - elle insiste pour me nommer Madame...

- Pardon Dorkas, j'avais oublié... C'est toujours bon, je vais l'utiliser ce soir.

Ce que je veux savoir, maintenant, c'est "Pourquoi, au Ghana, on ne peut pas sentir publiquement?" parce qu'au Sénégal, ce n'était pas du tout la cas. J'ai vu des tas de gens sentir, le nez puissamment sonore, soit des pastèques, des légumes, de la viande, sans que ça ne dérange quiconque. Ce n'est donc pas une caractéristique ouest-africaine, mais bien ghanéenne.

Je cherche encore, et espère trouver.

1 commentaire:

Seidrik a dit...

Merci pour cette Afrique rafraichissante.
Je découvre.