vendredi 29 juin 2007

Chronique photo: une aventure, sous la terre

(essai second de pose de photos)

Par un beau jour ensoleillé, comme il n'en manque toujours pas en Afrique, Laure, Papa et maman décident de visiter une caverne, sise au haut des chutes de Kintampo. Pas les petites chutes, nommées Fuller, où on se baigne chaque semaine, mais les grosses-grosses, celles qui font la réputation de Kintampo-la-jolie.

Laure sera-t-elle être assez brave pour affronter cette nouvelle aventure?



À voir la force des chutes, alors que la caverne est dessous... pas sûre, pas sûre du tout que la petite va accepter d'y mettre les pieds.



Mais comme "Ensemble, c'est tout", peut-être qu'avec le papa, on va pouvoir y arriver...



Par contre, avant d'affronter sa peur, on peut fouiller le fond d'un trou d'eau, faire patienter la papa, et observer d'autres bestioles quand même intéressantes.



Papa fait face, le premier, à l'adversaire, et il avance courageusement, vers cette caverne, d'où peuvent sortir des chauves-souris, et autres rapaces attrapeurs de cheveux...


Avec le flash, les grosses méchantes bestioles auront peut-être peur de l'homme?



Bah... pas la peine, c'est pas un ou deux volatiles qui changeront le cour de l'histoire, surtout que l'aventure en vaut la peine...



Ça y est: "Papa, j'arrive, je vais te protéger"!!!!



À travers les chutes, on aperçoit la lumière, les lianes, la nature sauvage des chutes de Kintampo.



Allez, papa, raconte-moi comment ça fonctionne, ces cavernes.



La complicité papa-fifille a heureusement donné des bons résultats, et les voilà, tels les plus grands amis du monde, Laure"l" et Hardy-Lowell, à discourir au sujet de la nature, en plein milieu d'un lieu où les découvertes ne finissent jamais d'émerveiller une enfant de 4 ans et demi. Plus personne pour déranger ces deux curieux.



Quand même... le retour vers la lumière fait du bien au cœur et aux yeux. Surtout pour la maman, qui n'aime pas trop les trous sous la terre. Alors que papa y a passé sa jeunesse, au Nigeria, à visiter les cavernes une par une, le coeur vaillant et l'esprit de découverte d'un futur explorateur. Un grand fan des souterrains, que ce papa, qui transmettra peut-être cette passion à sa descendance!

lundi 25 juin 2007

De batiments, de maisons, de fenetres, de portes...

(malheureusement, les accents ne sont pas acceptés dans les titres des billets, sur ce site)

Architecture minimaliste, qui menace de tomber très souvent, et qui le fait sous nos yeux, par exemple, lors des premiers grands vents, au début de la saison des pluies.

Si la structure est faite en ciment, avec le temps, l'eau pénètre à l'intérieur des murs, puisque le ciment contient une grande part de sable et est donc extrêmement friable. Chaque année, il y a des morts, puisque les toits s'effondrent, et ça survient la plupart du temps la nuit.

Les toits en aluminium ondulé s'envolent facilement. Voilà deux mois, juste devant chez nous, une école à perdu son toit - ils l'ont restaurés, depuis.

Les murs en torchis ou banco - construits avec une base de sable, de terre, de débris de cultures céréalières, et de bouses de vache - doivent être restaurés chaque année, après les pluies.



Par contre, le "look" est fantastique.







Les deux photos suivantes présentent des gardes mangers, surélevés, pour que les récoltes céréalières ne soient pas dévorées par les animaux et autres bestioles du coin.



dimanche 24 juin 2007

Grandiose nature

Kintampo: vert 12 mois par an. Avec une période de sécheresse entre novembre et mai, mais qui ne ressemble en rien ce que j'ai pu connaître dans la savane arbustive du Nord du Sénégal, qui connaissait alors une réelle sécheresse: un arbre aux 50 mètres, et une population très clairsemée. Actuellement, nous sommes en début de la saison pluvieuse, et je peux vous passer le mot que j'en suis très satisfaite - excellent climat, que je n'ai jamais connu en Afrique de l'Ouest. Le soir, on a même un peu froid.

En fait, Kintampo a la chance d'être située sur un mini plateau, rendant le climat beaucoup plus clément qu'ailleurs au pays. Par exemple, à peine 30 Km plus au Nord, on se retrouve avec un climat te type véritablement savane, alors qu'ici, on peut qualifier la zone de forêt sèche, même si officiellement elle est du type savane guinéenne.

Accra est insupportable, en comparaison: chaleur lourde, qu'on connaît rarement par ici.

Voici quelques photos prises, au fil de nos déplacements.


Même les nervures de cette feuille sont à faire rêver.


Tout est trop: trop grand, trop vert, trop beau. Aux chutes de Fuller, à Kintampo.


Paysage de route.


Immense fougère.


Épiphyte ayant poussé sur un autre arbre, qui lui, a été asphyxié, et est mort. Seul reste le parasite, plus puissant.

vendredi 22 juin 2007

Le voilà, le regard de la gredine



Mademoiselle aime ses amis à la passion. C'est peu dire. Un jour sans eux est comme une journée en Afrique sans soleil. Si le soleil est bien ce qui manque le moins à Kintampo, les amis sont eux aussi bien présents. Une fois qu'ils se sont mutuellement choisis, la Laure est d'une fidélité sans faille. En espérant qu'elle saura gérer son trop plein d'énergie quasi amoureuse, pour ne pas les étouffer, pauvres victimes!!!!!

Ce qui est étonnant, c'est qu'elle se souvient encore de tous ceux qu'elle a côtoyés au Canada et à Accra, l'an passé, ou voilà deux ans, m'en parlant à tous les jours: la Roxanne (ça vient d'elle "Madame Coquette"?), avec qui elle semblait avoir le plus grand plaisir à jouer, le Julios, la Anaïs et sa soeur, le Vincent - il va encore me passer ses jouets, maman? - et surtout, son amoureux de la garderie: Alexis aux yeux bleus, et fantastiquement rigolo. Ainsi, lorsque Laure s'habille de sa plus jolie robe bleue, c'est qu'elle va se marier avec Alexis. "Il va me trouver belle, maman?"

La mémoire... Incroyable. Laure et moi, on fait encore, avec les mains, des "top-là!" à la manière d'Alexis, en étirant le bras, une fois les gestes de félicitations terminés.

La mémoire du coeur serait-elle plus forte que la mémoire olfactive, celle des sens qui est reconnue comme étant la plus puissante?

Question de nez

Dans toute société, il existe des interdits. L'un d'entre eux, au Ghana, concerne le nez. Et ça me dérange passablement.

Il est absolument interdit de renifler, de sentir, de porter à son nez toute nourriture, ou liquide, ou autre - sentir sa main, ou sentir une bizarre d'odeur à l'extérieure - devant un Ghanéen. C'est impossible à faire, et on sent tout de suite une vive réaction des personnes présentes, si jamais il arrive de manquer à cette obligation sociale.

Ça me fait penser au jour où j'ai vu, à la faculté de foresterie, à l'Université Laval, pour la première fois, un jeune Africain, se promenant en plein milieu de la cafétéria, et tenant innocemment la main d'un autre jeune Africain. La réaction de mes amis Québécois - surtout mâles, vous devinez - n'a pas tardée. Grand malaise à la table. C'est venu les chercher au fond de tout leur être et naturellement, ils ont tourné la tête de l'autre côté du spectacle, en espérant que les amis Africains ne viennent pas leur faire un brin de causette, en passant.

Imaginez, un futur ingénieur forestier québécois, discourant dans un lieu rempli à craquer, avec deux autres hommes de couleur, qui se tiennent gentiment par la main... Pourtant, il le savent, c'est connu: spontanément, les Africains se donnent la main ou se tiennent pas l'épaule. La proximité du corps ne pose aucun problème, au contraire, elle démontre une amitié sincère. Malgré tout, le malaise de mes "chums de classe" était plus grand que la connaisance consciente.

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Malheureusement pour moi, sentir fait pourtant partie de mes habitudes bien ancrées, et en fait, c'est même un véritable plaisir que d'utiliser constamment mon sens olfactif, sans trop me cacher. Par exemple, humer un excellent vin, devant un expert en la matière, chose plutôt rare à Kintampo, heureusement, au final... même, sentir une fleur, quelle délice... Et la Laure, qui comprend, mais qui aime faire la coquine, et qui renifle à tout vent, tout ce qui passe... Elle le sait: pas devant un Ganéen, devant papa ou maman, mais jamais en publique. La gredine, elle le fait quand même, le sourire aux lèvres.

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Tient, l'autre jour, à la maison, notre aide-maison, Dorkas est venue me présenter un bol de maïs, qui était au frigo depuis moins de 24 heures, me demandant s'il fallait le jeter.

- L'as-tu senti?

Erreur fatale...

- Bien sûr que non, Madame - elle insiste pour me nommer Madame...

- Pardon Dorkas, j'avais oublié... C'est toujours bon, je vais l'utiliser ce soir.

Ce que je veux savoir, maintenant, c'est "Pourquoi, au Ghana, on ne peut pas sentir publiquement?" parce qu'au Sénégal, ce n'était pas du tout la cas. J'ai vu des tas de gens sentir, le nez puissamment sonore, soit des pastèques, des légumes, de la viande, sans que ça ne dérange quiconque. Ce n'est donc pas une caractéristique ouest-africaine, mais bien ghanéenne.

Je cherche encore, et espère trouver.

mercredi 20 juin 2007

Certains visages parlent plus que d'autres



Fatima est particulièrement éveillée, et à travers son regard, on voit bien l'intelligence d'une grande fille rapide, fine, et certainement un peu maline. Derrière elle, une pauvre femme, qui n'avait pas du tout l'air en forme. Je ne connais pas son histoire. Je revois Fatima à tous les jours, elle vient me saluer simplement.



Devant la maison, c'est le terrain de jeu préféré de Laure. Elle a droit de jouer sur cette butte de sable, parce que le soleil y plombe toute la journée, et les microbes et parasites et autres bestioles ne peuvent pas y survivre. À la maison, Lowell a nettoyé une partie du sable, créant un semblant de carré de sable, et les amis s'y salissent autant qu'ils peuvent, remplissant les bols, touillant leur soupe aux cailloux, fabriquant des oeufs, construisant leur route, où circulent les petites autos achetées chez Emmaus à Québec et surtout, confectionnant déjà leur château en Espagne.



Cette petite fille me fait littéralement craquer. C'était évident: elle ferait un portrait fantastique.



Elle voulait absolument poser, devant moi - comme TOUS les enfants, très difficile de prendre une photo par ici, parce que les enfants se postent devant l'appareil, parce qu'ils savent qu'ils peuvent voir le résultat illico. Mais ils lèvent les bras, devant l'appareil, et quelques fois, je rate la photo de paysage... Donc, cette petite avait un air "pas content", mais en fait, elle était très fière.



Mes voisines directes. Celle de droite est bien évidemment la coiffeuse du coin, me proposant même de me faire de jolies tresses. J'ai déjà essayé quand j'étais au Mali, à Djenné, en 1992, et j'ai accepté que ce n'est pas mon style -- je n'ai pas une tête pour ça, mais alors, pas du tout lol!!! Celle de droite est la soeur d'Émilia. Elle aussi a eu un enfant très jeune - nommée "Sister", et âgée de 3 ans.

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En prenant des photos des gens ici, je découvre que certains arrivent à "attraper" la lumière mieux que d'autres. Et ce n'est pas une question de beauté ni d'âge, puisqu'ils sont tous beaux par ici. Quelque fois, on voit tout de suite que le visage pourra donner un résultat prenant, et d'autre fois, c'est une surprise, lorsque je regarde le résultat sur l'ordinateur.Certaines personnes âgées pourraient faire de très beaux portraits - elles ont une de ces têtes, très typées - mais ça me gène beaucoup, alors, je ne le fais pas.

Et puis, si on voit plus d'enfants que d'adultes, c'est que les petits sont attirés par nous et que dès qu'ils nous voient, ils courent vers nous - la couleur de notre peau les rend très curieux et ils veulent voir de plus près, nous toucher. Par exemple, dès que j'ouvre la porte de la clôture, j'ai devant moi une dizaine d'enfants. Ils surviennent quand ce n'est pas les heures d'école, ou que ce n'est pas le mercredi - jour du marché, comme aujourd'hui - ou que ce n'est pas une fête - nombreuses, au Ghana - ou qu'il ne pleut pas trop... parce qu'alors, on ferme l'école, ou... Au final, les enfants ne vont pas souvent à l'école.

Les enfants, en Afrique de l'Ouest, sont certainement ce qui me marque le plus, au quotidien. Au Ghana, ils sont très gentils, et assez respecteux, si je compare avec ceux du Sénégal, qui étaient un peu plus agressifs.

mardi 19 juin 2007

Quand les images sont plus intéressantes...

... que les écrits, pourquoi divaguer avec les lettres impalpables, les mots creux, puis les histoires narcissiques qui n'existeront plus, d'ici quelques minutes, sauf au fond d'une mémoire altérée?

Pour l'instant, les écrits m'ennuient - mais ça ne devrait pas durer - et les autres sont beaucoup plus passionnants à raconter, surtout lorsqu’ils sont nimbés par cette lumière particulière. Celle de 17H30, qui survient au couchant, et que les ombres s'éternisent sur le sol et sur les murs, alors qu'on peut même la voir à travers les nervures des feuilles, et encore mieux, quand l'orage s'annonce puissant. Alors plus rien n'existe d'autre et elle est l'événement le plus grandiose à regarder.

Je ne vois, je ne sens et ne pense qu’à elle. Les histoires arrivent d'elles-mêmes. Je n'ai qu'à sortir de chez moi, laisser ma brebis Laure courir en toute liberté, et attendre que ça arrive. C'est alors que je fais « click »!

(et si vous cliquez sur les images, la qualité de la photo est bien meilleure!)


- Toujours, les amis de Laure


- La pluie arrive, et vite!


- Jeune fille au vélo

dimanche 17 juin 2007

Fille d'Akause

Elle me fait craquer! La lumière qui entre dans ses yeux est magnifique.

jeudi 14 juin 2007

Je ne m'en plaindrai pas

Qui aurait cru qu'un jour, au Ghana, on aurait froid à ce point?



-- Lowell et Jeremy, un ami de nationalité américaine, qui vit à Kintampo pour deux ans. Photo prise à l'heure de l'apéro, vers 8H pm.

mercredi 13 juin 2007

Elles étaient dix












Dix femmes, somptueuses. Fortes têtes, fortes jambes et surtout, fort travaillantes.

Des voisines.

Nous les avons invitées à décortiquer les semences de mangues. Beaucoup de semences. Plus d'une tonne. Afin d’en faire sortir les amandes, qui pourront – peut-être – donner l’huile que nous espérons vendre.

Elles sont toutes venues, à l’aube, chez nous, sourire aux lèvres, prêtes à travailler comme mes arrières grands-parents, bûcherons de leur métier. Honnêtes, énergiques, joyeuses.

Bien sûr, avec leurs enfants. Pour une dizaine de jours.

En fait, pour commencer, on avait espéré faire décortiquer les mangues par un seul homme, avec un instrument inventé, façon ingénierie occidentale. Quelques détails techniques n'ont pu nous permettre de l'utiliser.

Et pourtant, honte à moi. J’aurais dû me souvenir qu'en 1994, à Keur Momar Sarr, au Nord du Sénégal, pour un projet environnemental, nous (dont Lowell et moi!) faisions déjà décortiquer des mangues, et savions très bien que ce travail ne devait passer que par les mains de femmes, de loin plus patientes et plus expertes en la matière que les hommes.

Elles prennent simplement la semence, et d’un coup de pierre, sur un objet dur – une autre pierre, un bout de bois – arrivent à faire sortir l'amande, en moins de temps qu’il n’en prend pour dire « Ciao » (voir 6ème photo)!

Pour le midi, elles ont demandé à être ravitaillées. Important détail, quand on sait qu’elles n’ont pas le temps de mettre la main à la pâte elles-mêmes et qu’elles terminent vers 17H, cassant inlassablement le résidu de la mangue.

Pas de problème, Dorkas (celle qui puise l'eau du puits) et moi avons préparé ce qu’elles ont demandé : du riz, façon Kintampo, et m'ont elles-dit, ont bien aimé. Chaque jour, elles ont placoté, cassé les coques, transporté les gros sacs, rigolé, réalisé quelques pirouettes et mangé comme à leur habitude.

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Aujourd’hui, on les a payées. Quand elles ont reçu leur dû, elles sont venues me remercier. Pourquoi, me suis-je dit? Elles ont pourtant travaillé honnêtement. Mais lorsqu’elles ont dansé à leur manière, avec cette énergie et ce bagou, en ma compagnie, en plein milieu de la rue, pour le simple plaisir du geste, j’avoue avoir aussi reçu mon compte, et me suis dit que ces derniers jours vécu, tout de même, sans plus d’intimité que ça, avaient franchement valus la peine.

Destin délibérément choisi, peut-être controversé, mais Ô combien passionnant et jamais ennuyant.

Merci la vie!

mardi 12 juin 2007

Ah... et puis, une autre belle photo, pour me remonter le moral

En plus, la connection est rapide, aujourd'hui (enfin, tout est relatif par ici, surtout la rapidité).

Sont beaux, quand même non?



(cliquez dessus, on les voit beaucoup mieux, c'est assez précis)

Belle enfant

Malgré tout, la beauté est partout, partout où je pose mes yeux.


Fini l'école

C’est décidé : Laure ne va plus à l’école.

Voilà deux semaines, j’ai surpris deux professeurs, vers midi, dormant sur leur banc, alors qu’une trentaine d’enfants, de 1 à 5 ans circulaient librement dans le jardin. Avec la porte extérieure grande ouverte. J’ai été réveiller l’une d’elle, demandant ce qui se passait. Elle m’a dit, les yeux à peine ouverts, que ça n’arrivait jamais.

J’ai laissé passer. J’ai vraiment besoin de ces deux heures, trois fois par semaine, pour venir ici, à ce « Computer Internet Service » et écrire un peu, recevoir des nouvelles des miens, relaxer.

Puis, voilà 10 jours, je suis allé chercher Laure, comme d’habitude, vers midi, et je vois la professeur de Laure, Agnes taper avec un bâton tout mince, sur un petit de 4 ans qui n’écoutait pas, alors qu’un autre encore plus petit, se tenait à genoux devant elle.

Apprentissage par l’humiliation.

Je le savais, je le savais, je le savais, depuis des lustres. La réalité qui rattrape l'imagination.

De le voir, devant moi, et de comprendre que pour tous, cette façon est normale, j’ai pas pu. Le cœur m’a levé. J’ai été voir Agnes, qui était toute souriante devanta moi - alors qu'elle avait encore la baguette à la main - et lui ai dit, sans réfléchir :

- C’est fini, je n’amène plus Laure dans votre école. Je n’accepte pas que vous frappiez de jeunes enfants, même si tout le monde le fait.

- Mais elle, on ne la frappe pas!

Mais elle, justement, elle revient de l’école, et à la maison, elle frappe les grands et les petits, avec un petit bâton.

Apprentissage par l’exemple réussi.

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Laure avait pourtant fait de grands efforts, pour s’intégrer dans cette école. Elle chantait à tous les jours

« Je suis capable d’aller à l’école, je ne frappe plus personne » (épouvantable, direz-vous…).

Elle avait trouvé deux petites amies, Charlotte et Barbra. Mais elle ne respectait pas ses professeurs, ne voulant pas rester assise, courant partout, et suivait surtout l’une d’entre elles, Sofya, qui était tout de même plus douce.

Disons que la leçon est dure au « cœur de l’Indienne » qui voudrait crier et chiâler et battre l’une d’elles – pas mieux, la mère - mais je suis maintenant soulagée de savoir qu’elle n’ira plus là-bas.

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À Accra, comme dans toute bonne capitale, on trouve de très bonnes garderies et écoles. Alors, je garde confiance que d’ici peu, on trouvera un environnement propice à son développement social. L’an passé, à Accra, dans une magnifique garderie nommée Bizzy Beez School – fort chère – elle avait suivi un excellent apprentissage, durant 8 mois, où les professeurs respectaient l’enfant, dans son intégrité. Pour l’instant, ce développement social ce fera à la maison, avec les amis du quartier, ceux qu’elle a choisis, et que je peux contrôler durant les heures d’après-midi. Heureusement, ils jouent bien ensemble et sont heureux, durant ces quelques heures.
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L’ancienne éducatrice de Laure, Diane, m’a donné, avant de partir, un bouquin d’apprentissage que les garderies du Québec utilisent : « Jouer, c’est magique », apprentissage par le jeu, et je vais m’en servir, pour apprendre moi-même certains rudiments préscolaires.

De toute façon, à quoi ça sert d’apprendre à écrire, à lire et à compter, si c’est fait sous le coup de la peine, de la rage et de la violence? Surtout à quatre ans et demi.

vendredi 8 juin 2007

Vivre avec les voisins à Kintampo

Ils sont très proches. Physiquement.


(photo prise sur le pas de ma porte, avant de faire construire la clôture)

Chaque matin, à l’aube, alors que les coqs chantent déjà depuis 3 heures du matin, je les entends se lever, faire leur toilette dans leur douche extérieure, celle qui est juste à côté de mon jardin.


(Ceci est une douche rencontrée un peu partout autour de chez nous)

J'héberge les coqs et les poules des voisins, qui sont maintenant mes amis. Ils viennent manger le riz de mon chien. Je ne leur en veux pas trop, car je les sais très actifs sur la pelouse : ils apprécient le goût des petits serpents et des scorpions. Sachant ce service rendu, je me fous un peu de la grippe aviaire.



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Je connais certains de leurs secrets, après seulement 3 mois de vie ici. Emilia, 19 ans – première photo – celle qui ne voulait pas de son enfant, a finalement décidé de le garder. Comme prévu, elle s’est bien fait taper par sa mère – fort charmante au demeurant - lorsqu’elle lui a enfin dévoilé son secret. De ma cuisine, entendant les cris, j’ai compris que tout le voisinage avait reçu le même message: le petit vivra. Émilia aura son enfant dans 7 mois.

Le père? Bonne question.

Puis, voilà 2 semaines, durant une nuit, d’autres cris m'ont réveillée, mais ils provenaient d’une direction différente. Je crois comprendre que c’est en face de chez nous. Ce doit être des femmes qui se crêpent le chignon, que je me dis. Mais, le lendemain, je vois, ma meilleure voisin, Akause, munie d’un bandage blanc sur son oeil. Elle est en train de touiller sa soupe, et me regardant, demande à son jeune voisin Émos de traduire.

- Ça s’est mal passé.
- ... c’était donc ça, les cris?
- Elle a passé la nuit à l’hôpital. On lui a fait des points de suture.
- Qu'est-ce qui s'est passé?

Quelle question.

- Son mari. Il s’est fâché. Sa femme s’est déplacée hier, et il ne le savait pas. Il a bu, un peu, il est arrivé tard.
- Avec quoi?
- La lampe torche.

Je ne devrais pas, mais j’ai eu mal. Toutes ces femmes qui se font battre. Et ces enfants. Je la regarde avec pitié, sans jugement, juste de la peine.. Devant tous ses voisins, qui viennent la consoler, discuter, trouver une solution.

- Ce n’est pas la première fois. Elle voudrait divorcer, mais elle a de jeunes enfants, alors, ce n’est pas possible. On a demandé au grand frère de parler au mari, on verra si ça peut aider.

...

- Je viendrai la voir, à tous les jours, juste la saluer.

La conversation avec Akause ne pourra jamais être très élaborée, pas plus je ne parle pas la langue nationale, pas mieux elle ne peux causer en anglais. Mais je viendrai la saluer, avec le traditionnel: « I am greeting you », surtout que c’est à 15 pas de ma porte. Ce soir, je lui ferai goûter quelques légumes frais – les tomates sont rares en cette saison - et des pommes de terre. Plus tard, elle me dira qu’elle n’avait jamais goûté à ce tubercule.


(Akause, deux semaines après l'événement:)

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C’est ainsi que je sors de notre forteresse...




(de nouveau, voisine Akause et autres, préparant le souper. Elle a reçu un de mes bancs, en cadeau)

... je peux observer tous mes voisins préparer à manger, couper leurs légumes, préparer le fou-fou, puis le manger rapidement. Au Ghana, on mange sans trop prendre son temps. On avale. Puis, plus tard, je les vois laver leurs enfants, chaque soir, alors que je me promène avec Laure. Je les examine presque, du coin de l’oeil, vaquer à leurs occupations quotidiennes. Ce qui n’est pas sans me déplaire. J’aime le quotidien des gens ordinaires, avec ces gestes répétés, qui sont, à mon avis, les plus nobles, même si par ici, le mot ordinaire est épouvantablement et vertigineusement sans aucun lien avec ce que j’ai connu les 30 premières années de ma vie, et ce que vivent ma fratrie, et ma mère, et mes tantes et mes cousins, et mes voisins d’antant.

Quoique au final, tout se ressemble.

Mais ici, c'est les deux pieds, toujours, dans la boue, la merde de poulet, de mouton, de chèvre. Sans exception.

Ainsi va la vie à Kintampo


(chèvres devant une église, devant ma maison)