vendredi 31 août 2007

C'est notre dernière journée à Kintampo



Et oui, les amis, Laure et moi, on s'en va du village.

Nous passerons quelques jours sur le côte Ouest du pays, à quelques pas de la plage pour nous réchauffer le zigoto. Après, nous irons quelques autres jours à Accra, et puis, nous atterrirons à Québec le 11 septembre.

Vous devinez pourquoi il restait encore deux places à cette date... D'ailleurs, ce sera intéressant d'être dans un aéroport, à cette date. S'il y a le net à Frankfurt, je vous en jaserai directement.

Bref.

Voilà, l'aventure Kintampo est finie pour les deux filles. Lowell va continuer ses affaires ici et selon la suite des événements, nous nous retrouverons en Afrique, d'ici peu.

Où? Bonne question, mais une chose est sûre: une autre aventure nous y attendra!!!!!

Je vous laisse sur cette image d'enfants, puisqu'ils ont été l'âme de Kintampo, ce sont eux qui m'ont donné le plus de joie, de douceur, de bonheur, de fous rires. Ils vont me manquer terriblement.

D'ailleurs, ils sont encore en train de jouer avec la Laure, dans notre "parc".

Les vrais amis de Laure, ils y sont tous!!!! En 6 mois, ils ont été de fidèles compagnons pour Laure, et moi aussi, bien sûr.


Bien sûr, il y aura un "après Kintampo", je ne quitte pas ce blog, enfin, pas encore!

Au plaisir!

jeudi 30 août 2007

Ces hommes qui marchent des heures et des heures...




... pour retourner à la maison, après un boulot harassant, font preuve d'un immense courage.

En voici un, qui par devant, devait faire plus de 60 ans.

mercredi 29 août 2007

Vous aurez remarqué...

... que ce blog est avant tout une ode à ma fille.

Bien sûr, le contexte est africain. Alors, comme je l'aime de tout mon coeur, je vous le présente, à ma façon, peut-être inventée, sûrement belle.

Bien sûr, il y a la vie, qui continue: la vôtre et la mienne, la nôtre, que je dévoile par petits bouts ici, et vous, qui me donnez la main, à votre façon.

Mais ce blog, que je vais imprimer, a été créé et est écrit comme un album souvenir pour Laure Lou, ma douce, pour qu'elle comprenne, un jour, ce qu'a été Kintampo.

Car à son âge, elle va oublier.

Je mets une photo de Laure, lorsqu'elle avait 1 an, à la Somone, sur la côte du Sénégal, à 2 heures de Dakar. Je crois que c'est une de mes photos favorites, même si l'appareil, à l'époque, n'était pas très bon.

Il y faisait bon.

Dans ce regard, on y voit un certain étonnement puis une authentique détermination "sans peur et sans reproche".

Sur ce point, rien n'a changé!

lundi 27 août 2007

Un boucher à Kintampo et une grand'tante Denise à Saint-Thomas

Normalement, je ne montre pas les côtés trop "différents" de l’Afrique. Ils sont nombreux, trop facile à attraper et ne servent qu'à démolir ce qui n'est déjà pas trop fort. Certains aspects de la très grande pauvreté font plus "photo-chocs" et sont ridiculement voyeurs.

Mais hier, mon boucher favori a bien voulu se faire prendre en photo, alors j’en ai profité.



Acheter de la viande en Afrique de l’Ouest procède de l’aventure et pour ma part, me demande toujours un peu de courage.

Premièrement, quand on arrive, il y a une file d’attente. Puis, le boucher fait toujours passer les adultes devant les enfants, qui peuvent attendre plus d’une heure avant d’être servis. Lorsque arrive mon tour, je dois choisir ce qu’il reste, alors que la tête de vache toute fumante est souvent accorchée sous ma tête. Montrer du doigt, sans toucher. Regarder rapidement pour vérifier que le morceau choisi n’est pas pourri par la chaleur. Puis, suite aux coupes du boucher, recevoir quelques os et certains liquides qui revolent un peu partout.

Sous les sandales, restent incrustées des années de vieilles viande séchées, alors que les tables sont encore suintantes de sang et de gras.




L’homme dépose la viande dans un premier sachet, puis un second. Quelques fois, quand il n’a plus de ces sacs en plastique, il prend une ou deux feuilles de bananier, et emballe le tout.

La chaleur est difficile à supporter. Les mouches et leurs attributs sont présents par centaine. Se donnent à coeur joie sur "leur" terrain.

En rentrant à la maison, la première opération consiste donc à tout faire tremper durant quelques minutes dans de l’eau filtrée, où j’aurai déposé quelques gouttes d’eau de Javel, afin de faire mourir les œufs de mouches qui ont pu y rester collés – ainsi que d'autres corps étrangers que je ne nommerai pas.

Au moment de manger, je la fais très bien cuire. Vous aurez deviné que ça me rend assez malheureuse : j’adore la cuisson « bleue ». D'ailleurs,je ne suis pas la seule: pour Laure, le summum de la gastronomie est une fine tranche de filet congelé, coupée au milimètre près, où on dépose quelques grains de sel gris de Guérande: ça croque sous la dent.

Mais je n’ai qu’à me souvenir du nombre de mouches rencontrées chez le boucher et le goût me passe rapidement.

Pourtant, la viande du boucher disparaît en un rien de temps : vers 3 ou 4 heures de l'après-midi, il n’en reste plus un seul kilogramme à Kintampo et alors, si on a oublié d’en acheter – opération qu’on doit faire plusieurs fois par semaine - on s’en passe.

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Imagination débordante… Drôle de cervelle que j’ai reçue et qui me fait faire des liens singuliers…

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Chaque matin, à la maison, je prends une tapette à mouche, et je pars à la recherche des sales mouches. Je ne comprends pas par où elles ont pu s’infiltrer, puisque je n’arrête pas de crier toute la journée de bien fermer la porte.

Tout en réalisant ma « tuerie » du matin, je me souviens.

- Ça, ma vieille, ce sont des gestes ancestraux.

Je tiens la tapette en l’air, durant quelques secondes en espérant voir voler d’autres mouches: bonheur de les faire disparaître en un seul coup. Heureusement, point d’insectes, sauf les morts, à mes pieds. Un sentiment nouveau naît en moi : la joie ressentie ne vient pas de la mort des insectes, mais bien du fait que j’ai l’impression de reproduire les gestes de mes deux grands-mères valeureuses. Dans leur pays de pauvres comme la galle où, entre 1920 et 1950, les mouches étaient omniprésentes.

Mémoire ancestrale, qui me relie à quelque chose de tangible, même si personne ne se souvient de ces gens, de ces moments, de ces maisons en beau bois laminé, ces planchers recouverts de plastique déchiré, de ces meubles fabriqués de main d'homme - le grand-père - et ces façons si particulières que plus personne ne reproduit. Je revois ma grand'tante Denise, soeur de grand-mère, belle femme heureuse, malgré la vie qui ne lui a pas donné beaucoup de cadeaux, en train de mouliner la viande, pour donner une belle viande hachée toute fraîche.

Ce que j’en ai rêvé de cette petite machine, qu’on accrochait à une bordure de table, et qui en un tour de main, transformait la viande, qui devenaient, sous la cuisson de délicieux hamburgers…

À Kintampo il me faut des heures et des heures pour arriver au même résultat - les hamburgers sont donc une nourriture de grand luxe.

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Ça se passe donc dans une très belle maison en bois, de Saint-Thomas de Joliette, couleur blanc et lilas, chez grand-mère paternelle. Vaste terrain de plusieurs hectares, peut-être quatre ou cinq. Justement, les murs de cette maison étaient recouverts de mouches dégueulasses, mais tellement intéressantes parce que si nombreuses : à l’époque, je pouvais en tuer sûrement plusieurs dizaines d’un seul coup de tapette. C’était mon activité favorite.

À Saint-Thomas, les mouches trouvaient leur justification à venir autour de la maison - et à l'intérieur - puisque juste à côté, l’étable était remplie de belles vaches chiantes, leur donnant un bon motif à faire circuler la merde là où elles s’arrêtaient. Pour s’en débarrasser un peu mieux que par mon aide, grand-mère achetait des rondelles de spirales jaunes remplies de colle, qu’elle clouait au plafond de la cuisine, et qui, lorsqu’on les admiraient en comptant les mouches emprisonnées dans l'horrible colle, ça nous faisait oublier la bonne odeur du plat mijoté, toujours cuisiné par cette magnifique grand'tante Denise – quelle femme c’était !

Cette époque devait être mon apprentissage à la tolérance des mouches, afin d’être capable d’acheter avec bonheur la viande de Kintampo, qui fera notre plat de ce soir.

Doux souvenir d’enfant de 6 ans où déjà, la cuisine était mon endroit favori.

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Heureusement, quand l’idée trop rebutante des mouches sur ma viande est plus forte que l’envie d’en manger, je me rattrape sur les voisins : ils vendent d’excellent poulets « bio », un peu durs sous la dent, mais d'un goût exquis, qui n’a nul autre pareil à celui de Kintampo – oubliez le bon poulet du Québec, jamais vous ne goûterez un meilleur poulet que celui de mes voisins.

J’achète la poule ou le coq – avec 0% de gras, juré! - et une heure plus tard, j’ai un superbe poulet frais, tout propre à faire cuir. Je le badigeonne avec du tamari – il ne m’en reste malheureusement plus… - de l’ail, de l’huile d’olive, des oignons en masse et si j’en ai, du citron… il en ressortira un pur régal tout croustillant et juteux!

Mmmmmm, je commence à vous connaître : vous ne voudrez pas de mon hamburger dégoulinant de ketchup, « Façon Laure Lou », mais vous vous régalerez d’un poulet grillé…

N’est-ce pas? Bah, ne faites-pas cette tête, vous auriez tort de vous priver de tant de belle choses - quand on a si peu... - la viande en Afrique est de loin 10000000 fois meilleure et moins trafiquée que celle en vente chez vos Métro-Richelieu-Steinberg-Provigo-Maxi-Carnaval-Mammouth et cie.

Alors?

vendredi 24 août 2007

Enfin!

Depuis des jours, je tente de me connecter au blog... sans succès. ENFIN, ça fonctionne, mais pour combien de temps????

Aujourd'hui, j'en profite, j'y ai mis plusieurs messages.


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J'annonce aussi, avec fierté - on prend les bonnes choses quand ça arrive! - que mon blog a été choisi "Blog du mois d'août" par ExpatBlog! Merci Julien et ta gang - qui vit à Maurice, pour Sharel ;)

Bain et musique aux chutes de Fuller

Les amies partagent et écoutent attentivement la musique de Souchon, avec un fond de bruit d'eau... enchanteur!



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Comme vous voyez, j'en profite. Quand la connexion est bonne... c'est si rare!

Confection d'un puits





Quand on a 4 ans, quand on a 6 ans, on peut tout faire. N'est-ce pas joli ce petit puits?

Petit détail rigolo: la boîte de conserve, justement utilisée, dans un contexte tout autre à celui où elle a été emboîtée!!!

Autres cavernes et autres histoires






Nous sommes partis le matin, pas trop tard, pas trop tôt, afin de visiter des petites cavernes. Situées à trois quart d’heures de Kintampo, le site nous a été accessible finalement que deux heures après notre départ. Nous nous sommes perdus dans la forêt, ayant bifurqués sur la mauvaise route. Je ne comprends pas encore comment notre véhicule est arrivé à ne pas rester embourbé dans la boue, car nous avons dû y passer par 4 fois – heureuse habileté de Lowell à conduire partout-partout! – de cette voie quasi impraticable, puisque remplie de hautes herbes et de trous créés par les nombreuses pluies de la saison.

Finalement, en revenant sur nos pas, une femme nous a indiqué le bon passage.

Ce qui est étonnant, c’est que dès qu’on sort de Kintampo, on doit descendre d’un plateau, environ quelques centaines de mètres. En étant « en bas », la température augmente, en tout cas, assez pour que mon corps comprenne que Kintampo est située de manière privilégiée, l’élévation apportant une fraîcheur bienfaisante.

La visite est donc un peu épuisante, vue la chaleur. Mais fascinante, vu le contexte.

Ce contexte : de nombreux et hauts rochers pris dans une forêt luxuriante, des bruits d’oiseaux, de chauves-souris, des cavernes cachées, une végétation arborescente impressionnante.

Et pas âme qui vive.

Pourtant, il y a plus de 150 ans, des hommes et des femmes résidaient ici, durant quelques jours, afin de se reposer d’une très longue marche, en attente de continuer leur périple. Ils provenaient du Nord du Ghana, du Burkina Faso et même du Mali, avançant inlassablement, en direction de la mer, afin de faire un voyage encore plus long. Ils quittaient leur famille, leur continent, pour toujours, pour « travailler » dans des pays totalement étrangers à tout ce qu'ils avaient connus.

Ils étaient les futurs esclaves des continents européens et américains.

Visiter un endroit tel que celui-ci donne froid dans le dos. On tente de ne pas avoir l’imagination trop fructueuse.

"Où dormaient-ils, que mangeaient-ils, quelles étaient les conditions sanitaires?"

Les cavernes sont très petites, la dénivellation n’est jamais à 0 degrés, et les sommets sont remplis de chauves-souris. Lowell m’a raconté qu’à travers le Ghana, cet endroit était le plus important lieu de "repos" des prisonniers Africains.

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Heureusement, la réalité est plus douce : il y a une petite de 4 ans et demi qui ne rêve que de grimper aux rochers, aux arbres et à s’accrocher aux lianes, avec papa, avec maman.

Laure sera grimpeuse ou ne sera pas!



samedi 11 août 2007

Le parc de Kintampo

Dans la concession où nous habitons, Lowell et moi avons créé un petit parc pour les enfants. Surtout pour Laure bien sûr, mais un parc-à-soi-tout-seul, ce serait pas mal emmerdant...

On y trouve deux balançoires...

...une classique...



...et une autre en tissu, bien meilleure pour l’effet « je vole ».




Puis une échelle qui monte dans l’arbre...


...et un hamac, acheté rue Sainte-Anne, à Québec.


Il y a bien sûr les 4 manguiers, où on peu grimper pour s’y cacher et y déguster ses fruits remplis de soleil.


Notre dernier acquis : le cabanon en bois pour enfant, avec glissade intégrée, fabriqué de toutes pièces par Lowell. C’est quand même le plus joli cabanon de Kintampo!







Mais le top du top, c'est quand même de jouer dans le sable, non?


Ce qui est crève-coeur, c'est que les enfants peuvent attendre des heures et des heures devant la porte - je n'exagère pas du tout - espérant qu'on va ouvrir et tous les inviter - ils peuvent être une quinzaine, des fois. M'arrive pourtant d'avoir juste le goût de prendre mon café, avec un livre, avec la bonne brise qu'on a de ces temps-ci. Mettre une jolie musique, regarder Laure "lire" un livre. Alors, je n'ouvre pas.



Je ne sais plus quoi faire. Ça me fait vraiment de la peine de les voir (dans le sens "voir pour de vrai") attendre ainsi. Mais bon... que faire? Envahissement qu'on tente d'éviter, de temps en temps. On est heureusement très cachés par la "forteresse", même si avec les ouvertures entre les écorces de bois, les enfants nous voient assez bien.

Reste une chose: Laure est bien entourée. Sans ses amis, Kintampo serait impossible.

vendredi 10 août 2007

Photos souvenirs

Temps tranquille.

Pourquoi ne pas mettre pour mes archives et pour mon plaisir, un peu de saveurs d'ailleurs?

Lowell tout en tendresse devant tant de nouvelle fragilité et de force.


Ma mère, en visite à Dakar, pour le premier mois de vie de Laure Marianne, dite "Laure Lou".


Un grand ami, technicien horticole, collaborateur, connaissant très bien le Moringa. Rencontré à Keur Momar Sarr, lors du travail, dans une ONG sénégalaise. Sa femme magnifique, de Podor, Mlle Ramatoulay, nommée Fama est certainement une des femmes du village que j'ai le plus appréciée. "À la vie, à la mort", comme on dit. Cheikh. Nous étions de retour de Podor, à la frontière de la Mauritanie.


Le portage a été et est (presque) toujours un bonheur. Le "tissu" avait été donné par LouisaC, pour celles qui connaissent :)


Laure et une petite copine, à la plage de Somone, au Sénégal, chez un ami très cher.


Les amis talibés, à Keur Momar Sarr, tous amis avec la Laure. Ce qu'ils ont dû grandir!!!


Toutes du Sénégal, finalement...

Suite plus tard.

mardi 7 août 2007

Courrier



Je désire remercier tous ceux qui, de près ou de loin, contribuent positivement à mettre des petits mots sur les commentaires.

Bien sûr, aucune obligation de votre part, mais ces remarques me rendent la vie plus gaie, le temps d’un soupir bien sûr, mais d’un très doux soupir.

Les Zab, Malaury, MadameMadame, Crispicrunch, Suzon, OlivierdeMontréal (de ExpatBlog), Djo, Sylvie, Janine, Manie, Fifi, Jacqueline-ma-voisine, Ju36, Meg, MissPixel, Marie Claire, Chantsar, Françoise, Myalice, MissMerengue, Renée. Touchante AnniG.

Et ceux que j’oublie. Un petit spécial pour ceux qui lisent, simplement. J’apprécie votre présence.

Je vous embrasse.


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Gentillesse

Ça doit faire trois semaines que je me demande si je vais poster ce billet… Et puis « Nan » que je me dis, je ne le ferai pas. De quoi je vais avoir l’air? Puis la seconde voix me dit: «Hey, Caro, c’est ton blog, et un blog, à quoi ça sert tu crois? »

À écrire ce que nous vivons, moi et ma famille, à Kintampo, ce qui est bien, ce qui est moins bien. Le quotidien.

OK, je ne peux pas tout écrire, nos noms y sont inscrits – et je désire que ça reste ainsi - et ayant reçu quelques remarques par en arrière que je ne pouvais pas parler de boulot (dommage ;) ), me reste la vie ordinaire, celle de tous les jours. L’extraordinaire chance et malchance de vivre dans ce village.

Alors, voilà, je le mets. Et basta.

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Des voisins



Habituellement, on n’en parle pas. Par gêne, par fierté, par pudeur très saine, parce que ça ne se fait pas. Vantardise? Pas vraiment. Peut-être? Peut-être que non. Ce sont des choses que tout le monde fait en cachette, par en arrière, sachant qu’on pourrait pourtant faire tellement plus. En tout cas, ce ne sont pas des événements qu’on publie.

À 1000 lieues de tout, je me sens un peu plus libre, personne ne m’appellera pour me dire si c’est bien ou non.

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C’est facile de partager, dans ce contexte, direz-vous, suffit de prendre quelques boîtes de conserve, des légumes frais, un peu de linge dans les armoires, on traverse la rue et on dit « Bonne journée » puis hop, c’est fait. Heureusement, on n’en fait pas de cas ici, on prend avec le sourire, et on est content. Sans flonflon, sans autre attente que le plaisir de donner et de recevoir. Bonheur ordinaire, joie de tous les jours. Que j’ai aussi connu à Charlesbourg : nos voisins nous ont donné beaucoup de linge pour Laure – qui ont aussi servis à des amis d'Accra.

De mon côté, je me dis que je ne peux pas faire autrement. Pour racheter une certaine richesse? Quand on compare avec les voisins, on est presque toujours beaucoup trop riche. Est-ce simplement parce que je vois bien que j’en ai trop dans cette maison? D’ailleurs, qu’ai-je d’autre à apporter que le fond de mes armoires?

On espère voir arriver le financement pour le projet de recherche avec le Moringa et les enfants souffrant de malnutrition. Il arrivera sûrement d'ici peu - on croise les doigts très fort - mais pour le moment, au quotidien, que faire?

Aucun projet ratifié des nations Unies, du programme alimentaire mondial (PAM), de la FAO, de l’Unesco, de la Banque Mondiale, du de CARE, de Vision Mondiale, du CRDI, de l’ACDI, de toutes ces organisations qui font leur possible, mais qui s’en ramassent quand même plein les poches? En fait, qu’ont-ils amélioré en Afrique (je souligne le continent), depuis 50 ans de « développement », soit l’après colonialisme, l’après indépendance africaine?

Quand je voyage en terre africaine, je ne suis pas certaine du résultat. Peut-être que ça va mieux, mais comme j'ai le nez un peu trop collé à la réalité d'ici, je ne le vois pas? Pourtant, à force d’observer avec attention ce qui nous entoure, depuis 15 ans, j’ai le sentiment que même un chameau du Nord serait tenté de se forcer pour traverser enfin l’autre côté du trou de l’aiguille. Le côté occidental, bien sûr, celui grassouillet et confortable.

Partager pour se sentir moins mal à l'aise de manger autant de viande, quand on sait que tout autour, les enfants n’en ont presque pas – une ou deux fois par mois, peut-être? Le papa d’un ami, regardant son fils de deux ans me dit « Ah, ce gosse, je ne sais pas la dernière fois qu’il a mangé de la viande ».

Pourtant, Kevin est un enfant très joyeux, et bien portant. Cependant, plusieurs souffrent de kwashiorkor, cette maladie liée à un manque de protéines – enfant du Biafra, du Darfour, peau flasque, yeux enfoncés, faiblesse du corps. Moins pire que les pays en guerre, mais maladies plus diffuses, moins évidentes, avec des effets plus insidieux. Le cerveau d’un enfant qui ne reçoit pas de protéines ne pourra pas développer ses pleines capacités intellectuelles, on le sait.

Non, il n’y a pas de guerre au Ghana, mais il y a l’infinie pauvreté qui dérange à chaque détour. Quand elle est située à moins de 50 mètres de la maison, elle reste collée à l’estomac et ne bouge pas de l’esprit. Je voudrais tant ne plus regarder, ne plus penser, devenir aveugle en la matière. Certains y arrivent. Malheureusement, ça ne fonctionne pas ainsi. Pas dans ma caboche, en tout cas.

Alors, le poulet sera partagé de temps en temps. Et à la fin du festin, il ne restera plus un seul os pour le chien.

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Sentiment dévastateur, qui me fait croire que je ne devrais pas loger à Kintampo, avec ma peau si claire, alors que la normalité est si foncée. Un touriste blanchouillard est toujours bienvenu, mais comment un résident trop pâle pourrait-il se sentir chez lui, alors qu'à 300 km à la ronde, il n'y a qu'une enfant blanche, de 4 ans et demi? Malsaine et ridicule culpabilité, obscures raisons au fond de mon inconscient de blanche, me rappelant ma différence à chaque regard de l’autre sur mon corps. Impression d’être dans la cage du zoo. Être tache à ce point rend un tant soi peu mal à l’aise non?

Que ne donnerais-je pour passer inaperçue, pour devenir sombre à mon tour, quelques heures seulement. Connaître le pas de l’ignoré en terre africaine.

Magnifique négritude.

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Donner un peu de son bien, fait anodin. Je le fais, tout le monde le fait. Je n’ai presque jamais vu un coopérant rester insensible à la pauvreté ambiante du coin. À Dakar, j’ai connu une jeune Québécoise volontaire qui a perdu une partie de ses économies en frais hospitaliers, pour aider une pauvre femme de la rue qui avait la gangrène à une jambe. La jeune femme a bien faillit y laisser sa peau, car la famille a rappliqué – voyant les possibilités monétaires de l’Occidentale si riche... Alors, je me suis toujours juré que je ne donnerais jamais « ma dernière chemise ».

À chacun sa dignité.

Mais tout de même, il y a une marge entre le fond de son armoire rempli et sa dernière chemise.

Avant, au Nord du Sénégal, à Keur Momar Sarr, puis à Dakar, j’offrais à manger aux enfants de la rue. Des talibés. Vous savez, ces petits garçons qui apprennent le coran chez le marabout, entre 5 à 15 ans, et qui quémandent leur nourriture 3 fois par jour aux portes de toutes les maisons? Allez, les petits, mangez la pomme, le lait en poudre, le bout de viande, le chocolat, c’est si bon! Leur sourire payait 1000 fois en retour.

Laure Marianne le sait : si elle joue avec des amis, il est absolument interdit de manger, sans pour autant diviser le tout en autant d’enfants qu’il y a dans la cour. On divise les biscuits, l’eau froide, le bâton de crème glacée en 4, la banane, on partage aussi les jouets – non, on ne donne pas les jouets de Laure, mais lorsque les amis sont à la maison, le partage est systématique. Sinon, pas d’amis.

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Normalement, au détour du bien reçu, je recevais un bienveillant merci. D’autres fois, rien du tout. Au moins, aucune gêne dans la réception du colis ou du gigot. Et puis, y’a pas juste moi qui participe à « Donnez au suivant ». Tout le monde contribue à ces petits échanges de bon voisinage.

À Kintampo, c’est différent des autres lieus que j’ai connus. Pour chaque objet, vêtement, ou aliment distribué, je reçois quelque chose en retour. Toujours. À chaque fois, les gens se déplacent, pour me « Greeter », me remercier.

Par exemple. Je m’occupe de 6 enfants depuis des mois, âgés entre 5 et 6 ans, durant trois heures par jour. Quelques fois, je reçois des parents (via les enfants), qui des avocats, qui des papayes, qui des oranges, qui de l’igname.

Déplacement en vue pour remercier le donneur de papaye.

Je viens d’offrir des habits à la voisine qui est sans mari, avec deux magnifiques jumelles de 11 ans, un grand garçon de 9 ans et une toute petite d’un an. La semaine suivante, elle m’offre 20 brouettes de beau sable propre, où Laure pourra jouer sans danger de se faire encore contaminer un peu plus par les parasites.

Merci ma voisine.

Mais le plus étonnant, c’est Akause. Vous vous souvenez cette autre voisine, si belle, qui se faisait battre par son mari avec une lampe torche? Et bien, voilà deux semaines, le dit mari l’a carrément jetée dehors, habits volant de partout, trois jeunes enfants qui traînent derrière, sans autre merci pour les 15 années de labeur. Les cris et les chamailles en pleine rue… La foule qui observe la scène.

Fille d'Akause:

Bref, je veux savoir où crèche maintenant mon amie. Chez sa mère. Je vais la visiter, sous le chaud soleil de 14 heures, avec ma petite cargaison de boîtes de conserve, de pommes de terre, d’oignons, d’habits, enfin, de quoi de soutenir un peu l’amie dans son malheur.

Vous auriez dû voir le plus vieux de ses enfants, ivre de curiosité, sortir tous ces biens précieux du sac…

Qui vois-je apparaître à ma porte quelques jours plus tard? Bien sûr, Akause, qui me remercie de nouveau « God bless you » et qui transporte avec elle 20 tomates rouges, mûres à souhait et 10 beaux oignons, denrées provenant du jardin de sa mère. Deux semaines plus tard, retour d’Akause : en main, elle porte un coq tout gras, et deux tasses neuves en plastique, aux effigies du Ghana.



J’ai été touchée au-delà de ce que vous ne pouvez imaginer. Jamais en 15 ans d’Afrique, une personne ayant à peine de quoi manger durant sa journée ne m’avait offert de si beaux cadeaux, avec tant de simplicité – magnifique sourire d’Akause.

Donner le meilleur de soi, même avec presque rien, puis rester digne et fier. C’est ça la vraie noblesse.

Apprentissage pour Caro au Ghana…

vendredi 3 août 2007

Désir

De don d’ubiquité?

Plus les années avancent, et plus je rêve que je peux me tenir à la fois ici et là.

D’ailleurs, je crois ce temps bientôt arrivé, si ce n’est déjà fait.

Dites, peut-on télécharger son image - qui bouge en temps réel - en trois dimensions et voir une autre personne aimée, elle aussi en trois dimensions, pour lui faire un brin de jasette, et être situées dans le même environnement, tout en prenant un café (ou une bière, ou de l'eau, ché pas, n'importe quoi), alors qu’on est pourtant à 10 000 Km de distance?

On ne pourra peut-être pas se toucher, mais avec beaucoup d’imagination, on peut faire beaucoup, beaucoup.



Voici l'environnement rêvé, pour vous, comme pour moi. Non? Que diriez-vous d'un petit grog très chaud, avec moi, en trois dimensions? Avec un peu de neige à pelleter? La personne qui devine où est situé ce magnifique shack - facile pour ceux de la région de la ville de Québec - auront droit à ma plus grande admiration!!!