vendredi 8 juin 2007

Vivre avec les voisins à Kintampo

Ils sont très proches. Physiquement.


(photo prise sur le pas de ma porte, avant de faire construire la clôture)

Chaque matin, à l’aube, alors que les coqs chantent déjà depuis 3 heures du matin, je les entends se lever, faire leur toilette dans leur douche extérieure, celle qui est juste à côté de mon jardin.


(Ceci est une douche rencontrée un peu partout autour de chez nous)

J'héberge les coqs et les poules des voisins, qui sont maintenant mes amis. Ils viennent manger le riz de mon chien. Je ne leur en veux pas trop, car je les sais très actifs sur la pelouse : ils apprécient le goût des petits serpents et des scorpions. Sachant ce service rendu, je me fous un peu de la grippe aviaire.



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Je connais certains de leurs secrets, après seulement 3 mois de vie ici. Emilia, 19 ans – première photo – celle qui ne voulait pas de son enfant, a finalement décidé de le garder. Comme prévu, elle s’est bien fait taper par sa mère – fort charmante au demeurant - lorsqu’elle lui a enfin dévoilé son secret. De ma cuisine, entendant les cris, j’ai compris que tout le voisinage avait reçu le même message: le petit vivra. Émilia aura son enfant dans 7 mois.

Le père? Bonne question.

Puis, voilà 2 semaines, durant une nuit, d’autres cris m'ont réveillée, mais ils provenaient d’une direction différente. Je crois comprendre que c’est en face de chez nous. Ce doit être des femmes qui se crêpent le chignon, que je me dis. Mais, le lendemain, je vois, ma meilleure voisin, Akause, munie d’un bandage blanc sur son oeil. Elle est en train de touiller sa soupe, et me regardant, demande à son jeune voisin Émos de traduire.

- Ça s’est mal passé.
- ... c’était donc ça, les cris?
- Elle a passé la nuit à l’hôpital. On lui a fait des points de suture.
- Qu'est-ce qui s'est passé?

Quelle question.

- Son mari. Il s’est fâché. Sa femme s’est déplacée hier, et il ne le savait pas. Il a bu, un peu, il est arrivé tard.
- Avec quoi?
- La lampe torche.

Je ne devrais pas, mais j’ai eu mal. Toutes ces femmes qui se font battre. Et ces enfants. Je la regarde avec pitié, sans jugement, juste de la peine.. Devant tous ses voisins, qui viennent la consoler, discuter, trouver une solution.

- Ce n’est pas la première fois. Elle voudrait divorcer, mais elle a de jeunes enfants, alors, ce n’est pas possible. On a demandé au grand frère de parler au mari, on verra si ça peut aider.

...

- Je viendrai la voir, à tous les jours, juste la saluer.

La conversation avec Akause ne pourra jamais être très élaborée, pas plus je ne parle pas la langue nationale, pas mieux elle ne peux causer en anglais. Mais je viendrai la saluer, avec le traditionnel: « I am greeting you », surtout que c’est à 15 pas de ma porte. Ce soir, je lui ferai goûter quelques légumes frais – les tomates sont rares en cette saison - et des pommes de terre. Plus tard, elle me dira qu’elle n’avait jamais goûté à ce tubercule.


(Akause, deux semaines après l'événement:)

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C’est ainsi que je sors de notre forteresse...




(de nouveau, voisine Akause et autres, préparant le souper. Elle a reçu un de mes bancs, en cadeau)

... je peux observer tous mes voisins préparer à manger, couper leurs légumes, préparer le fou-fou, puis le manger rapidement. Au Ghana, on mange sans trop prendre son temps. On avale. Puis, plus tard, je les vois laver leurs enfants, chaque soir, alors que je me promène avec Laure. Je les examine presque, du coin de l’oeil, vaquer à leurs occupations quotidiennes. Ce qui n’est pas sans me déplaire. J’aime le quotidien des gens ordinaires, avec ces gestes répétés, qui sont, à mon avis, les plus nobles, même si par ici, le mot ordinaire est épouvantablement et vertigineusement sans aucun lien avec ce que j’ai connu les 30 premières années de ma vie, et ce que vivent ma fratrie, et ma mère, et mes tantes et mes cousins, et mes voisins d’antant.

Quoique au final, tout se ressemble.

Mais ici, c'est les deux pieds, toujours, dans la boue, la merde de poulet, de mouton, de chèvre. Sans exception.

Ainsi va la vie à Kintampo


(chèvres devant une église, devant ma maison)

7 commentaires:

Gigi a dit...

I love the pictures. I just wish I knew what the words meant.

C.Olivier a dit...

SOrry, renge, the story was good ;)

Anonyme a dit...

C'est passionnant de te lire Caro. Et triste cette histoire de femmes battues...

Crispi.

Anonyme a dit...

Très intéressant, ton billet, Caro.
Pas facile, le quotidien de ces femmes. C'est bien de les fréquenter, aussi, malgré la barrière de la langue.

Anonyme a dit...

Bonjour Caroline,
Moi aussi je suis émue à la lecture de ce billet. Ça renforce davantage mon point de vue quant au sort réservé aux femmes ailleurs dans le monde... Ici au Canada, ça m'enrage toujours d'entendre dire que la fête des femmes (8 mars), c'est devenu inutile!! Cessons donc de nous regarder le nombril et voyons ce qui se passe ailleurs, et la partie est loin d'être gagnée pour ces femmes. Ton empathie doit sans doute être réconfortante pour tes voisines.
I am greeting you ;o)
Sylvie

C.Olivier a dit...

Hello Crispi, pas drôle, mais c'est ainsi. La différence, je crois bien, c'est qu'ici tout se fait au grand jour. On ne peut pas se cacher. Mais va savoir si ça arrange de quoi...

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Bibi, always happy to see you here!

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Merci Olivier. Oui, c'est un plaisir renouvelé, de rencontrer des gens dans leur quotidien, même si ce n'est que des Greetings. Y'a de quoi qui passe, de quoi de vrai.

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Ah... Sylvie. Je reconnais la femme en toi, que je connais à peine, et qui semble si pleine d'énergie pour faire avancer une cause. Merci de ton greetings, il me fait chaud au coeur. D'ailleurs, je te félicite pour tous tes engagements, ceux que je devine d'avance, juste par les quelques phrases que tu m'as dites.

Oui, ici, c'est pas caché, c'est sûr. Mais c'est quand même là. Quand le gars est saoûl, et qu'il est violent, les coups sortent trop facilement. Surtout que la violence - violence quotidienne, sans trop de mal tout de même - est présente ici. Et presque acceptée.

Par exemple, tous les enfants se tapent royalement, constamment, à l'extérieur. Difficile de contenir.

Enfin, tout passe, que je me dis, et je fais le tour de mon compound, pour me contenir moi-même... - "...pour supporter le difficile et l'inutile"...

Anonyme a dit...

Les photos sont superbes!

Suz xx