mercredi 13 juin 2007

Elles étaient dix












Dix femmes, somptueuses. Fortes têtes, fortes jambes et surtout, fort travaillantes.

Des voisines.

Nous les avons invitées à décortiquer les semences de mangues. Beaucoup de semences. Plus d'une tonne. Afin d’en faire sortir les amandes, qui pourront – peut-être – donner l’huile que nous espérons vendre.

Elles sont toutes venues, à l’aube, chez nous, sourire aux lèvres, prêtes à travailler comme mes arrières grands-parents, bûcherons de leur métier. Honnêtes, énergiques, joyeuses.

Bien sûr, avec leurs enfants. Pour une dizaine de jours.

En fait, pour commencer, on avait espéré faire décortiquer les mangues par un seul homme, avec un instrument inventé, façon ingénierie occidentale. Quelques détails techniques n'ont pu nous permettre de l'utiliser.

Et pourtant, honte à moi. J’aurais dû me souvenir qu'en 1994, à Keur Momar Sarr, au Nord du Sénégal, pour un projet environnemental, nous (dont Lowell et moi!) faisions déjà décortiquer des mangues, et savions très bien que ce travail ne devait passer que par les mains de femmes, de loin plus patientes et plus expertes en la matière que les hommes.

Elles prennent simplement la semence, et d’un coup de pierre, sur un objet dur – une autre pierre, un bout de bois – arrivent à faire sortir l'amande, en moins de temps qu’il n’en prend pour dire « Ciao » (voir 6ème photo)!

Pour le midi, elles ont demandé à être ravitaillées. Important détail, quand on sait qu’elles n’ont pas le temps de mettre la main à la pâte elles-mêmes et qu’elles terminent vers 17H, cassant inlassablement le résidu de la mangue.

Pas de problème, Dorkas (celle qui puise l'eau du puits) et moi avons préparé ce qu’elles ont demandé : du riz, façon Kintampo, et m'ont elles-dit, ont bien aimé. Chaque jour, elles ont placoté, cassé les coques, transporté les gros sacs, rigolé, réalisé quelques pirouettes et mangé comme à leur habitude.

---

Aujourd’hui, on les a payées. Quand elles ont reçu leur dû, elles sont venues me remercier. Pourquoi, me suis-je dit? Elles ont pourtant travaillé honnêtement. Mais lorsqu’elles ont dansé à leur manière, avec cette énergie et ce bagou, en ma compagnie, en plein milieu de la rue, pour le simple plaisir du geste, j’avoue avoir aussi reçu mon compte, et me suis dit que ces derniers jours vécu, tout de même, sans plus d’intimité que ça, avaient franchement valus la peine.

Destin délibérément choisi, peut-être controversé, mais Ô combien passionnant et jamais ennuyant.

Merci la vie!

2 commentaires:

Anonyme a dit...

C'est vraiment très passionnant de lire tes histoires Caroline! Ô que ça ne doit pas être ennuyant en effet!
Au plaisir,
Sylvie

C.Olivier a dit...

Des fois, je m'ennuie de Charlesbourg, pourtant ;)