
Eh bien… Kintampo est réellement finie, pour Laure et moi.
Drôle d’aventure, alors que la poussière du retour retombe tranquillement. Je repense à tout ce que nous avons vécu et je suis très émue.
Émue positivement.
Vivre au rythme d’une petite ville africaine, un peu en symbiose avec Lowell, Laure et quelques enfants qui tourbillonnent autour de nous, cercle fermé, mais si aimant, au final...
Trouver des solutions à de nombreux manques durant 6 mois est une expérience que je n’arrive pas à qualifier encore. C’est trop frais, je sens encore la poussière de la rue de Kintampo.

Une chose de sûre: l’enfant fait toute la différence à tous les niveaux. Ne pas avoir eu Laure aurait diminué mon rapport avec les autres, mais m’aurait peut-être donné le courage de « résister » un peu plus longtemps.
Honnêtement? Oui, je suis heureuse d’avoir quitté. De l’avis de Lowell et moi, il était préférable que nous partions de ce milieu. Il faut le dire : c’est excessivement pauvre. Pauvre à tous les niveaux, sauf celui de la chaleur humaine.
Et encore. Chaleur humaine à travers les filtres de l’immense différence qui existera toujours, entre des Occidentaux scolarisés et de loin plus riches et des Africains très, trop pauvres. Quand on mange des protéines animales qu'une fois par mois, il y a des conséquences désastreuses sur le corps.
Toujouirs désirer la connaissance de l’autre, avoir sa curiosité et espérer partager le quotidien est certainement ce qui motive le plus des étrangers, lorsqu’ils entreprennent la découverte d’un nouveau territoire.
Mais ça ne peut pas durer trop longtemps, surtout avec une petite blanche de 4 ans et demi, qui se prend pour une reine, devant des enfants qui feraient tout pour avoir accès à quelques jouets et rencontrer le Blanc.
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Ne plus avoir d’intimité, être toujours examiné, perdre le goût de se promener, puisque le regard de l’autre – et "ce" regard est multiplié de nombreuses fois – est omniprésent, voire agressant. Ne plus côtoyer les gens qui nous ressemblent, durant des mois, préparer à manger dans la cuisine cuisante durant au moins 4 ou 5 heures par jour, pour être certain que personne ne tombe malade, se laver les mains au minimum 10 fois par jour, s'assurer que le filtre à eau est toujours en fonction, expliquer à Dorkas, l'aide de la maison pourquoi l'eau du robinet est dangereuse, et lui prouver par rouille restée sur le filtre à eau.
Vérifier chaque jour que le cadenas du puits est bien barré. Vivre avec un puits dans son univers m'a fait terriblement peur. Et si le mien était bien cadenassé, celui des autres ne l'était pas - tous les voiisons en ont.

Déparasiter le sable plusieurs fois par mois, s'asperger d'insecticide chaque soir, allumer 10 spirales anti-moustiques dehors, à partir de 17H00. Accepter que la poussière rouge fait partie d'un univers normal, partout dans la maison.
Faire prendre le bain à la Laure dans la bassine le soir, alors qu'elle est carrément crottée et que les moustiques sortent. Comme résultat? Soigner Laure qui souffre de malaria, avec 40 degrés Celsius de température corporelle qu'il n'y a pas d'électricité (malchance de la mauvaise soirée), pas d'eau courante (coupée depuis 3 jours), puis ramasser ce qu'elle n'a pas pu digérer à 2 heures de matin, puis à 4 heures du matin, et toujours soir-là, changer les draps trois fois, implorer "Qui-Que-Soit-Qui-Soit" qui soit capable de lui faire avaler ces pilules anti-palu, qui finalement... fonctionnent.
Merci 1000 fois "Qui-Que-Soit-Qui-Soit".
Espérer un téléphone de la famille, ce même soir-là, parce que tout ça pèse un peu et puis se dire que tout de même, vivre en Afrique est une expérience formidable.
Et finalement, décider que l’expérience a assez duré.
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Ce que je retiens le plus, c’est bien sûr l'Afrique dans son quotidien, mais comme ça fait 15 ans que je vois tout ça de près, c'est autre chose qui me motive aujourd'hui, c'est ce qui existait déjà, soit le goût de l’écriture, mais plus encore, l’espérance que je continuerai à faire de la photo. Certainement pas comme professionnelle, mais comme une preneuse d'image de la vie, avec ce geste qui montre la beauté, la couleur, la forme, l’esthétisme de l'univers.
Le regard des enfants me portera durant de nombreuses années. Leur lumière, leur beauté, leur désir de se voir invité à jouer avec Laure, avec les jouets et dans le parc. Leur désir de vie m’a vraiment marqué.

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L’Afrique possède ses beautés particulières qu’il ne faut jamais occulter. J'y crois profondément, mais GOD que c’est pauvre! Et pas juste pauvre du point de vue économique. La pauvreté réelle touche à toutes les sphères de la vie, quand elle est si forte. Je n'ai jamais été capable de l'oublier.
Je lui souhaite un avenir plus doux que ce que j’ai pu observer. Avec ou sans moi.
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Et pour faire dans "le positif", comme on dit si bien, un dernier pied-de-nez de la part de Laure en Afrique. "C'est sa nature", dira-t-elle... ce sera une grande coquine!