mardi 31 juillet 2007

Demain, c'est mercredi!



Partir au marché est une aventure en soi. Les produits les plus incongrus s’y trouvent, des gris-gris minuscules aux plus énormes, des têtes de singe au corps de chien ou rat séché – oui, ça se mange. Mis en vente, simplement sur un bout de tissu, par terre. Des habits européens recyclés, des plastiques pour tous les goûts, des appareils électriques « Made in China », dernière qualité il va sans dire. Des souliers sales et brisés, pour toutes les grandeurs, venant aussi d’Europe - je crois que c’est ce qui me lève le plus le cœur, ces pieds de l'autre monde, avec ce qui vient avec, qui se retrouvent ici, à Kintampo.

De la bière du pays, vendue en calebasse, bien mousseuse, des poissons séchés déposés sagement en pile sur un carton à l’allure carrément crasseuse, de la chair et des os de vache du boucher taillant sa viande avec une machette et dont certains morceaux revolent sur notre jolie robe, en passant…

On essuie, et on continue.

Il y aussi ces objets bizarres aux formes nouvelles dont je ne saurai jamais le nom et encore moins l’utilisation.

Tout ça tout mélangé. Tout bruyant, tout chaud, vous l’aurez deviné.

Les odeurs sont fortes - c'est ce qui me plaît le plus - les couleurs explosives et les gens fort énervés – c’est souvent la seule journée où ils gagneront un peu d’argent, car même dans un gros village, il n’y a qu’un jour de marché par semaine.

Faire attention où poser le pied, tenir la main de Laure quand on traverse un petit chemin – les trous, les taxis, les vélos, les moutons, les chèvres, les poules, les vaches, les chiens (vivants) - demander aux vendeurs et passants de ne pas toucher aux cheveux ou au corps de la petite «obroni » (blanche, en langue d’ici) parce que ça la rend agressive… circuler rapidement, une fois le produit acheté, car un attroupement de 50 personnes autour de nous n’est pas chose rare.

Mantra du mercredi : « La curiosité est fort saine, la curiosité est fort saine, la curiosité est fort saine… ». Pour moi, comme pour les gens d’ici.

Je pars donc avec Laure et quelques amis qui sont ravis de nous accompagner, car ils savent qu’ils auront droit à des beignets aux bananes plantains et une bouteille de Coke à la fin du trajet – pour ceux qui me connaissent, vous serez étonnés que j’en sois au Coke, vu qu’au Québec, je ne jure que par les produits bio.

Enfin, puisqu’il faut s’adapter, on s’adapte.

Pour notre part, le mercredi est journée de fête, car nous avons droit à plusieurs kilogrammes de cochon fraîchement tué la matin. Si je compare avec celui du Québec, le goût de ce porc de la région est très prononcé. L’animal est particulièrement gras. Mais je ne rechignerai pas pour une côtelette de porc bien fraîche, cuite – longuement - avec de l’huile d’olive, du thym, et un soupçon d’ail. Mieux, nous aurons des côtelettes levées – sauce aigre-douce, à l’ail. En espérant qu’il restera quelques pomme de terres au marché demain, car depuis 1 semaine, on n’en trouve plus du tout.

samedi 28 juillet 2007

Moments croqués, moments volés

- Célébrer la première tomate du jardin – hier! Regretter la fin du bon maïs bicolore du Québec – hier encore... nous reste beaucoup de maïs du pays (dur pour le dent, mais délicieux).



- Regarder croître péniblement les ridicules pousses du seul plant d’épinard canadien qui a bien voulu se montrer le nez.



- Être étonnée que la roquette pousse si bien. La manger sans compter. Ce petit goût aigre, oh là là… quel délice… Tiens, ça me fait penser… je la mange toujours en salade… à quoi ça ressemblerait si c’était bouilli 1 minute, puis dégusté avec de l’huile d’olive, de l'ail grillé et saupoudré d’un peu de sel? En tout cas, on est fiers de notre jardinet.



- Quinze heure trente, Émilia, enceinte jusqu’au cou vient s’asseoir à côté de moi, sur le devanture cimentée de l’entrée, alors que je joue sur notre tam-tam déniché en Casamance, pour faire danser les enfants afin d’appeler la pluie.

« I am hungry Madame ».

Ces instants-là où on ne sait où se placer, que dire, que faire… Ce sont quelques secondes insoutenables, certainement inacceptables. Alors, je stoppe le rythme sur peau de chèvre. Les filles continuent de danser. Puis, je rentre préparer du riz blanc et des œufs durs.



- Il pleut - on m'a écouté hé! Je n’entends plus les filles – elles sont trois, Eunice et Diana, du même âge, ou presque. Elles jouaient pourtant fort bruyamment dans le sable, voilà 15 minutes. Les voilà, au creux de leur arbre préféré, se protégeant de la pluie. La grande Eunice a grimpé jusqu’à une branche donnant encore quelques mangues toutes juteuses. Elle en a trouvé trois. Les filles dégustent et rigolent, se racontant des vraies histoires d’enfants. C'est un moment que je ne peux pas voler - en tout cas, pas l'histoire.



- Il pleut encore. Laure et ses amis sortent dehors, telles des bonnes sœurs, charmantes créatures peut-être divines, sûrement éphémères.




- Il fait froid, et je ne m’en plains pas. Pas d’électricité ce soir, mais beaucoup de chaleur humaine. D’ailleurs, je rigole actuellement avec des invités du Sénégal et de la République Démocratique du Congo. En français!!!

lundi 23 juillet 2007

Purge actuelle

Petite remarque hors-Kintampo - puisque l'actualité y est si peu connue!!!

Depuis des années, je ne comprends plus les raisons d'un tel engouement et me pose des questions concernant l'impact réel, sur nos vies, du pouvoir extraordinaire de l'actualité. Cette actualité qui prend toute la place dans les médias: journaux, radio, télé, Internet... celle que vous et moi lisons, regardons. Et tous ces journalistes qui courent partout, pour avoir la meilleure nouvelle, la plus croustillante, la plus forte. Avec la photo la plus juteuse possible - juste voir la photo de Cyberpresse, aujourd'hui, avec les naturistes en vélo... Que recherchent-ils? Une vraie histoire? Le pouvoir? La reconnaissance? Avoir le sentiment de participer à la vraie vie? Celle qui fait palpiter le cœur, pour quelques secondes?

La politique, les fins tragiques, la culture fast-food, et des histoires souvent difficiles à lire, puisque remplies de violence. Et ces blogeurs qui prennent d'assaut la toile - tant mieux, il n'y en a plus uniquement que pour les journalistes crédités... - racontant des histoires qui ne dureront que le temps... d'un soupir? Oui, il faut raconter, mais jusqu'où? Faut-il payer, en plus, pour se faire raconter que Harry Potter est sorti avant terme?

Je ne sais plus. Est-ce normal que ces histoires remplissent notre imaginaire?

En fait, nous volent-elles notre vie?

Bizarrement, c'est cette histoire de Dominic Arpin - excellent journaliste par ailleurs - qui m'a rappelé ce questionnement qui m'habite depuis si longtemps:

http://doa.blogue.canoe.com/2007/07/04/une_mascotte_embarrasse_la_tele#comments

Cinquante-trois commentaires pour un tel sujet. C'est quand même 53 personnes qui ont pris la peine de réfléchir là-dessus... Sujet d'actualité ou frustration d'un journaliste en action?

Retour à la maison

Nous voilà de nouveau à Kintampo. À la fois "contente et pas contente". La maison, lieu sécurisant, mais fermé. Facilités: tout est en ordre, objets de la vie quotidienne rassurants.

Bonne bouffe réalisées par bibi. Famille autour de la table, faisant le rituel appris avec soeurette Manie, et la Laure, qui y participe avec ardeur:

"Raconte-moi le meilleur moment de ta journée"
"Raconte moi le moment difficile de ta journée".

Dégustation autour d'une table fleurie, le chien bavant de jalousie, avec nos provisions faites à Ouaga: Roquefort, Edam, camembert, jambon de parme, basilic frais, salade, vin blanc français...

Surtout, Laure heureuse de retrouver ses amis si chers.

Ouaga: croqué sur le vif

Ce qui marque définitivement le touriste de Ouagadougou, ce sont les motos et le vélos. De toutes formes, de toutes couleurs, des plus petites aux plus grosses, des mieux traficotées (pratique fil de fer) en magnifiques Harley rutilantes. Les motocyclettes ont cette capacité de s'adapter au besoin du propriétaire, faisant traverser la ville à une famille entière, servant de "camion" de déménagement.

J'ai vu de quoi être ébahie pour au moins quelques années: des femmes enceintes jusqu'au coude, habillées comme des reines, talons aiguilles en sus, avec un bébé d'un an attaché sur le dos, et le mari devant, puis entre les deux, un jeune enfant qui tient son sac d'école, puis devant et derrière de la moto, et parfois dessus les têtes, du matériel, des boîtes, des sacs de nourriture, une culture de banane plantain complète...

Je n’exagère même pas.

On peut tout faire avec des motos, à Ouaga. C'est de telle importance que la ville a créé des "voies motos" avec des feux de circulation uniquement pour ces voies, comme nous avons nos "voies cyclables", un peu partout à Montréal ou à Québec.

Par contre, à chaque sortie, nous avons été témoin d'accidents. Le port de casque est très rare et les hôpitaux doivent être remplis à craquer, uniquement par cet usage un peu trop risqué.

- Appel d'urgence, sûrement.


- Trois femmes sur deux roues.


- Les stationnements sont heureusement nombreux.


- Mosquée sous le soleil couchant, en attendant le feu vert.

mercredi 18 juillet 2007

Souvenirs de KMS

Nogueye Lakh, Laure Marianne, mai ou juin 2003, Keur Momar Sarr.


Une photo qui me rappelle ce temps, où toute jeune maman - malgré mes 39 ans! - j'osais amener ma fille en pleine brousse - encore plus que Kintampo - soit à Keur Momar Sarr, au Nord du Sénégal. Pour y travailler sur la plantation de Moringa.

C'est certainement une des photos qui me donne le plus grand élan de tendresse. Temps arrêté, geste douceur, thé sucré, très fort. Cette femme, Nogueye, ne parlant ni français, et moi, pas plus le wolof ou pulaar (Nogueye est d'origine nomade Peule), alors qu'on communiquait presque parfaitement, de cette relation remplie de respect et d'amour réciproque. Nogueye, celle qui s'est occupé de ma maison - celle qu'on voit derrière, puis de moi, puis de Laure, entre 1992 à 1996, et de nouveau, entre 2000 à 2003, la première à avoir porté mon enfant sur son dos, et qui m'a montré comment faire, qui nous a accompagné à Dakar, lors un déménagement alors que la Laure n'avait que deux mois.

Elle me manque, cette magnifique mère de 6 enfants, deuxième femme de Mama Tall.

L'Afrique parlée - deuxième partie

- Keur Momar Sarr, Nord du Sénégal

Tous, nous pouvons avoir une opinion au sujet de l’Afrique, avec ou sans expérience du continent. La liberté d’expression nous donne heureusement le droit de parole, que je nomme plutôt devoir de parole. Bien sûr, connaître une situation permet de mieux cibler les actions, pour améliorer avec efficacité un petit pan de la société. Et en même temps, ça ne veut pas dire grand chose. La majorité des vrais professionnels de l’Afrique, Africains ou autres, se trompent souvent sur les multiples solutions au sous-développement; car après presque 50 ans d’après colonialisme, la pauvreté et tout ce qui tourne autour est omniprésente et la bonne gouvernance, qui peut engendrer un réel développement a encore beaucoup de chemin à faire.

Ce développement qui se fait quand même à pas de tortue, de 15 kilomètres de route reconstruite, en aéroports un peu mieux protégés, payés par la Banque Mondiale ou autre méga-organisation, en classes d’alphabétisation fonctionnelles dans un village vide de ses bras forts partis gagner leur pitance dans la capitale ou en Europe, ou pire, mort du sida, de dons de motopompes pour faire venir l’eau d’un lac malade de bilharziose, de micro crédits de 500$ pour améliorer son niveau de vie, de formations en tout genre, de séminaires interminables, puis de l’autre côté… de pertes énormes suite aux catastrophes naturelles qui brisent tout, des guerres intestines, de milliers de réfugiés marchant des centaines de kilomètres pour garder la vie sauve, de gouvernements trop peu sensibles au peuple qu’il devrait gouverner et si peu responsables de leurs devoirs... des millions d’enfants dans la rue.

Deux pas devants, trois pas derrière. Fatalisme constant, mais inutile, mais réducteur.

Tout est si complexe, personne n’en ressort gagnant, sauf ceux qui en profitent derrière, grassement, ne l’a t’on pas assez répété : politiciens véreux, occidentaux toujours plus exploiteurs avec les années, souvent, sous des bannières internationales, et ce, malgré l’effort honorable de certains internationaux sérieux, de petites ONG et associations de quartier.

On peut et doit continuer à en discuter partout dans le monde, peut-être pour s’éparpiller de nouveau, trouver qu’on possède enfin la solution et la démontrer durant un important congrès coûteux, à l’aide de doctorants socio-politiques, aux diagrammes élaborés et aux brillantes paroles impossibles à comprendre. Puis, qui sait, certaines idées et décisions prises pas les populations elles-mêmes feront avancer quelque coin d’Afrique, comme on peut le voir déjà dans certains pays?

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Les bonnes nouvelles semblent rares, mais à y regarder avec attention, et en restant le plus rationnel possible, on dirait bien que l’Afrique avance. Plusieurs pays peuvent se réjouir de leur nouvelle démocratie, comme le tout récent gouvernement du Libéria et sa nouvelle présidente, première femme élue au sien d’un État africain. Et ce n’est pas le seul pays à réaliser de telles réussites. Les nouveaux journaux débordants de vitalité osent dire la parole autrefois cadenassée. La censure existe toujours, mais sans aucun rapport avec ce qu’elle était voilà 20 ans. La croissance annuelle africaine, de 5,9% est signe d’une grande vitalité. Et dans la majorité des pays de l’Afrique sub-saharienne, le taux de natalité chute. Autre bonne nouvelle : l’OMS mettra bientôt en place un traitement contre la paludisme (malaria), maladie chronique trop souvent oubliée, à côté du sida dévastateur. Toutes ces bonnes nouvelles pourront être plus facilement discutées en Afrique, car le téléphone cellulaire et les cafés Internet sont de plus en plus accessibles. Par exemple, le coût de l’utilisation d’Internet dans un cyber-café, à Dakar, est de moins de 1 dollar de l’heure, qu’on peut diviser en plages de quinze minutes.

L’ouverture au monde est omniprésente. Les Africains sont de grands connaisseurs en géographie, en politique internationale, même ceux qui n’ont pas été à l’école!

Qui parle de ces bonnes nouvelles africaines, au pays de mes ancêtres? Car pendant ce temps, dans les cuisines québécoises, tout comme ailleurs, on ignore. On n’a pas le temps de se renseigner au sujet des Africains, ce qu’ils vivent, où ils posent leur pied, ce qu’ils perdent, puis ce qu’ils gagnent, et tout naturellement, pourquoi ils meurent. On ne veut pas voir l’homme noir dans sa pauvreté qu’on croit dégradante, alors qu’elle est digne, alors que ces hommes sont la plupart du temps simplement heureux.

Comme nous tous.

Et pour cause, les images de World Vision, qu’on peut visionner à tous les jours à la télévision privée font peur à plus d’uns.

Pourquoi oublier? Parce qu’on aime les gagnants et que l’Afrique est l’ultime continent des perdants?

Pourquoi en parler? Parce que l’Afrique c’est aussi chez nous. Non pas que nous y vivions, mais parce qu’elle est à côté, beaucoup plus qu’on ne le pense. On le sait, nos actions d’ici ont des répercussions là-bas et le futur nous apprendra sûrement que l’Afrique se réveillera un jour. La mondialisation ne concerne pas que les jouets ou les t-shirt provenant de Chine!

Si tous, nous ne pouvons participer, ni ne pouvons y habiter pour la vivre, tous, nous avons l’obligation morale de ne pas l’oublier. L’Afrique délaissée, négligée de toute part, niée, qui n’a jamais existé pour le monde occidental est pire que l’Afrique qui se meure, petit à petit de manque d’eau, de maladies, de conflits. Il faut parler de l’homme coloré, qui vit sur le continent africain.

Parlons enfin des résultats positifs, et pourquoi pas, des côtés négatifs s’il le faut, mais faisons attention de ne pas occulter la vie agréable des Africains, car le pur négativisme est néfaste pour tous. Découvrir le quotidien heureux, celui des rencontres, des mets savoureux pris en groupe, du partage du temps, des bons coups économiques, des joies du peuple, de ses gains, de leur beauté.

Avoir sa curiosité.

Pour que l’Afrique existe, même au Québec, nous pouvons en discuter, devant un verre, durant le bulletin télévisuel, avec des amis, avec la famille, avec ou sans ses habitants. Lire des livres à son sujet, et si possible, rencontrer les communautés immigrantes de notre quartier. Les saluer si le regard s’y prête. Poser des questions sur leur pays d’origine. Nommer l’Afrique telle qu’elle est, telle qu’on la perçoit. Même, si c’est au prix de l’erreur.

Et finalement, arriver à l’aimer sous toutes ses coutures.

Kintampo, Centre du Ghana

mardi 17 juillet 2007

L’Afrique parlée - première partie



L’Afrique n’est pas un pays, qu'on se le dise.

Elle est multiple et désire conserver ses différences. Avec 54 pays, presque 800 000 000 habitants, représentant plus de 13% de la population mondiale, elle est bien vivante. Le démantèlement des divisions naturelles de l’époque coloniale y laisse encore des traces créant des dissensions qui ne semblent pas vouloir finir. Malgré tout, chaque pays possède maintenant ses caractéristiques propres et le Sénégal est aussi différent du Zimbabwe ou du Ghana que le Canada l'est de la Norvège ou de l’Angleterre.

Reste que si on peut reconnaître un point semblable entre les peuples vivant sur ce continent, c’est malheureusement la pauvreté. Les Africains la vivent au quotidien, sans l’exposer, par fierté, gardant le port royal, sortant leurs plus beaux atours, fonctionnant pourtant au niveau de la survie, du calcul des petits sous, à l’image de nos grands-parents des années ‘30, pour s’assurer de la subsistance minimale journalière. À vivre avec moins de 3 ou 4 dollars par jour, il est clair que le fond du bol commun est toujours bien nettoyé.

On se demande alors : pourquoi fait-on autant d’enfants? Pour plusieurs raisons, mais la principale concerne l’espérance de vie infantile, qui est très basse. On craint pour la vie de ses enfants, car lors d’une simple diarrhée, on n’arrivera pas à payer les médicaments nécessaires. Alors, on désire fonder une famille nombreuse, « au cas où ». Bien sûr, on le fait aussi par amour des enfants. De la pure joie de les voir, de les porter, de les caresser.

Les grands bonheurs sont si rares!

En moyenne, sauf pour les pays en guerre, avec leurs inévitables réfugiés ainsi que les pays souffrant de famine, l’habitant africain vit quasi normalement. Pauvrement, mais correctement. Il possède un toit qu’il partage avec les membres de sa famille élargie, de quoi manger 1, 2 ou 3 fois par jour, il travaille de ses mains, y arrive difficilement, mais il y arrive. Il vit plus que simplement, si on compare à la vie de l’Occidental, mais il n’angoisse pas constamment au sujet de sa survie. Il travaille, il danse, il rit, il mange, il participe aux rituels de sa société. Puis, il se repose.

Pour plusieurs autres habitants du continent, il en est tout autrement. On oublie les rituels et le reste. Présentement, au Soudan, au Tchad, au Kenya, au Nigeria, une grande partie de la population ne survie plus. On cherche le grain qui pourra nourrir le plus fort afin de le garder vivant.

Nous Occidentaux, devons-nous faire plus, pour participer à leur survie, ou devons-nous oublier, car notre quotidien nous bouscule, nous aussi, et qu’il faut bien vivre, travailler, manger et dormir?

Ce fossé entre les deux solitudes, les deux vraies solitudes est si énorme, si épouvantable, vu de notre divan, de notre plan de travail, et d’ailleurs, même vu d’Afrique, qu’on ne peut plus en entendre parler?

L’Afrique fatigue-t-elle, juste à y penser?

lundi 16 juillet 2007

Ouagadou quoi?


- Photo prise à 100 km à l'heure, désolée pour la piètre qualité

Nous sommes présentement à Ouagadougou, au Burkina Faso, pays francophone, à la frontière Nord du Ghana.

Nous avons planifié ce voyage depuis plus d'un mois. Au départ, il nous a fallu demander des visas pour le Burkina, à partir d'Accra. Lowell s'en est chargé. Puis, choisir la journée du départ. De préférence, partir le dimanche, pour ne pas subir la circulation de la route, car celle qui relie Kintampo au Burkina est une véritable autoroute. En tant que route nationale, tous les gros camions y passent - et tous les container du port d'Accra en direction de Ouagadougou qui doivent y circuler, car le Burkina Faso est un pays enclavé, n'ayant aucun accès à la mer.

Voilà deux semaines, on ne pouvait pas partir. Au Ghana, ce lundi était jour de congé (1er juillet, comme au Canada). Ça nous ôtait une journée ou plus, pour faire ce qu'on avait à faire. Puis, la semaine passée, notre aide maison Dorkas est tombée malade, alors on s’est dit qu’il serait préférable de partir ce dimanche-ci.

Nous avons donc quitté la maison hier, au petit matin, apportant jouets, habits, lecture, nourriture et livres ainsi que des revues en français à donner à une organisation charitable de Ouaga - presque 200 livres et magazines!). Véhicule chargé comme un âne. Heureusement, la route était excellente. Rendus à la frontière, il nous a quand même fallu patienter plus de deux heures pour :

- Obtenir le certificat de douane du Ghana,
- Payer notre sortie dans un autre bâtiment administratif – ça nous a coûté une petite fortune, comme prévu.
- Présenter nos visas à la police du Burkina Faso, à l’entrée du pays;
- Se procurer une autorisation de circuler en véhicule…

Ouf.

Ce qui est magique, c’est qu’en attendant la signature du permis de circuler par le gendarme, un immense arc-en-ciel nous accueillait, juste au-dessus du bâtiment. Ce pays bien nommé Burkina Faso, voulant dire « Le pays des hommes intègres » correspondait à un des rêves que j'avais, quand j'étais au Mali, en 1992. On n'en parle qu'en bien. Ce sentiment de sécurité est réellement présent.

Pourquoi le Burkina Faso? Par obligation de renouvellement du visa. En tant que "touristes" (appellation officielle) au Ghana, nous sommes dans l’obligation de sortir du pays pour un autre, à tous les trois mois, afin de nous procurer un autre visa. On aurait pu aller au Togo, ou en Côte d’Ivoire, mais on croyait que Ouaga était plus proche.

Avec tout le tralala de bureaucratie de sortie et d’entrée dans un pays, le voyage est finalement plus long - 11 heures - mais Ô, combien plus agréable!!!!

À la minute où nous avons dépassé Atakura (à 20 km de Kintampo), vous savez, ce petit village aux mille enfants que je vous ai déjà décrit, j’ai senti un soulagement, puis une liberté envahir mon corps. Sortir enfin de Kintampo, découvrir de nouveaux paysages, regarder les différentes habitations en pisé, toutes arrondies et bien préservées du regard – contrairement à celles du centre du Ghana - puis, les décorations géométriques noires, typiquement burkinabaises, qu’on peut admirer une fois la frontière dépassée et qui sont simplement peinturées sur le mortier des murs des cases. C’est si joli.

- L'orage arrive!

Répondre aux questions de Laure, qui demande si le fleuve Volta (Black and White Volta) est rempli de crocodiles "Est-ce qu'ils peuvent nous manger, maman? Est-ce qu'ils dorment, maman? (en passant sur le pont) Est-ce qu'on les a réveillés? Ils peuvent croquer notre auto?"

Terrible fascination.

Un des avantages de voyager avec cette enfant, c'est qu'elle adore tout ce qui s'appelle départ, autant que son père et sa mère. Alors, 11 heures de route, pour la Laure, c'est une pinotte! Bon... elle a dû dormir au moins deux heures durant la route ;).

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Aujourd’hui, à Ouaga, nous avons rempli les formulaires de l’ambassade du Ghana et devons maintenant attendre la réception des visas qui devrait être pour demain.

Garder l'espoir que ça fonctionne, car sans visa, pas de retour dans notre maison.

Tout de même, si vous saviez la bonne douche tiède que nous nous sommes pris à l'hôtel "Relax"… La Laure n’a pas pu s’empêcher d’y rester un peu trop longtemps, jouant avec l’eau, comme une enfant de 4 ans et demi qu'elle est. Imaginez, à l’hôtel, nous avons la piscine, la connexion sans fil, le café expresso délicieux… et plein de gens intègres autour de nous!

Demain ou après-demain, ce sera la visite des crocodiles, moment tant attendu par la Laure. Elle le sait : elle devra s’asseoir dessus… cris et battements de cœur en perspective!

jeudi 12 juillet 2007

Le temps des pastèques




Juteuses, rouge sang, fruitées. J'en achète une par jour. Mangée au petit matin, dehors, avec Laure. On crache les pépins sans gêne sur le sable - personne à l'horizon... - en tentant de savoir qui sera la plus forte, pour les rendre le plus loin possible.

mardi 10 juillet 2007

Une invitation pour Atakura

Ça vous dit, une petite visite à Atakura, à 20 km de Kintampo? À défaut de Biodôme de Montréal, d’aquarium de Québec, de camping en Gaspésie, d’Ile-du-Prince-Édouard, de trip en Italie, à Cuba, au Mexique ou mieux, en République Dominicaine ***? Un vrai de vrai village africain, sans eau courante, sans électricité? Sans école, sans sous, sans réel développement?

Le chef du village d'Atakura - sûrement 70 ans - se lamente un peu : « Je ne peux même pas me payer un vélo… pourquoi? ». Noblesse oblige, il en ri.

Un placement sûr, si vous consentez à mon invitation : même dans 50 ans, ce sera pareil. Ou presque. Avec beaucoup de soleil, de la vitamine D pour vos réserves d’hiver.



Voici l’accueil, au sortir de l’auto, et d’ailleurs au départ du village. Trente corps pour un seul click. En fait, ils étaient plus d’une centaine. Jamais-jamais seul. Riches de curiosité, de drôlerie, de gentillesse. Toutes ces choses qu’on n'a plus le temps d’observer longtemps dans le monde « va-vite » occidental. Ça existe bien sûr, mais jamais aussi présent que par ici. Au moindre pas, la curiosité vous rattrape. Et Atakura n’est pas un cas isolé. Partout, dans les quelques 52 (51 ou 53? Ça bouge souvent) pays du continent, il existe des centaines de milliers d’Atakura.

La jeunesse n’a pas de prix par ici. « Au moins, ils sont beaux ». Oui, fabuleusement beaux. Et surtout, remplis d’espoir, de rencontrer l’autre, de le toucher, de lui poser une quantité incroyable de questions. Ils sont reculés, mais pas cons: ils savent qu’ailleurs, c’est meilleur. Oui, ils ont accès à la télévision****.

Ils sont remplis d’espoir. Il le faut, chers visages, si purs, si jeune.

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Je sais, vous ne pouvez pas venir… je comprends très bien, amis, membres de ma famille. Je comprends mieux que vous ne pouvez vous l’imaginer ☺

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Au village d'Atakura, Lowell a fait semer du Moringa, sur 7 hectares - presque 8000 trous (50 cm par 50 cm creusés à la main), avec deux graines par trou. Un défi en soi, à voir la route de 4 km, qui sépare le village de la plantation. Lowell, Laure et moi y avons fait un tour, avant-hier.

Papa qui enseigne à sa petite. Le Moringa est planté à chaque bout de bois que vous voyez.



Ça pousse, mais pas parfaitement. Germination de 80%. Faudra enrichir de nouveau, pour obtenir un rendrement 100%.



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Termitière géante. Conversation avec Laure:

"Tu vois, là-bas, la petite montagne pointue, chérie"?

"Oui, maman, c'est quoi"?

"Une termitière".

"Comme les termites qui mangent nos livres et nos photos"?

"Oui, chérie, les mêmes, mais ici, elles fabriquent des châteaux! Tu veux grimper"? (pas de danger, je l'ai déjà fait, et comme elle adore grimper...)

"Non, maman, pas ici, j'aime pas les termites"...



"J'aime mieux combattre les brousailles, avec un bâton".






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La mère, puis la fille, qui nous ont observés, durant de longues minutes. De sacrés regards. Quand je leur montre le résultat, sur l'appareil numérique, elles sont étonnées de se voir en direct. Dommage que je n'ai pu enregistrer leurs rires!




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*** Amis partis en vacances, je vous salue!
**** Sans électricité? La débrouillardise rend souvent compétent. Une simple batterie d’auto rechargée peut très bien faire fonctionner un petit appareil téléviseur, noir et blanc. La télévision nationale ghanéenne est gratuite, pour tous.

jeudi 5 juillet 2007

Chronique photo 2. Chutes, coquillages et mangue.

De nouveau, partons-z-à l'aventure.

Premièrement, il faut quand même descendre 153 marches. Pas de problème, car quand c'est si joli, devant, c'est un pur plaisir!



Une fois arrivée, la grande fille se laisse enfin aller à sa joie. "C'est magnifique maman". Je le jure, c'est la première chose qu'elle a dite, une fois arrivée.



On fait même quelques levées de bras: on est championne ou on ne l'est pas! Laure choisit toujours d'être gagnante.



Quand même, j'ai un peu peur maman!



Sous la supervision de Mr Papa, Laure se penche, pour découvrir la pure nature de cette rivière au grand cours.



Tout en se mouillant un peu les pieds, Laure récolte quelques coquillages tout jolis.



Tu vois, papa, je suis capable, moi!



Un peu "baveuse", même...



Coquine de curieuse...



Mais dis, papa, tu crois que ça se mange?



Non, mais si tu patientes un peu, tu verras sortir le corps de sa petite maison de nacre.



Voilà papa, j'ai été capable de rester là, à regarder, durant 10 longues minutes.



Ça mérite une bonne lecture, après, on mangera la mangue toute juteuse...



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Note. Pour ceux qui ont une certaine connaissance de l'Afrique et de ses gastéropodes - je crois que celui-ci fait partie du genre Bulinus - ils savent que ce mollusque est vecteur de maladies très graves, dont la bilharziose et la schistosomiase. Ici, aux chutes de Kintampo, nous nous sommes auparavant renseignés, et cette maladie n'est pas présente, le cours d'eau est trop rapide.

Les animaux de la jungle...


... en papier!

Un superbe livre acheté à Québec avant de partir, qui permet de créer des animaux de la jungle (de la savane, des rivières...) et surtout de s'amuser comme des fous!!!! Voici Papa-Tigre, Laure-Lion et Caro-Croco. On a aussi fait le rhinocéros. Il nous reste 6 animaux à créer.

Je croyais que Laure - quatre ans et demi - serait trop jeune pour l'activité, mais elle a tout découpé son lion comme un pro et, le temps de le monter (c'est à dire, maman), elle s'est transformé en véritable félin dangereux, qui a dévoré d'un seul coup le crocodile trop lent pour le roi des animaux!!! Le tigre a eu la vie sauve, parce que papa a bien expliqué que le lion et le tigre ne peuvent jamais se croiser, le premier étant africain et le second, asiatique. Papa-Malin hé! hé!

mardi 3 juillet 2007

Qualités ou faiblesses nécessaires pour vivre dans un village africain

Apprécier la beauté les nuages, avant tout.



Ce billet se veut léger, puisqu’il ne servirait à rien de devenir aigri, sachant que notre présence à Kintampo ne changera en rien les habitudes et les contraintes du milieu. Par contre, il est plus agréable de vivre à Kintampo si on accepte le quotidien.

Je commence avec les plus connus – pour ne pas dire que je me répète :

* Il fait chaud. Faire avec, même si on ne peut s’en cacher. Puisque c’est ainsi, prendre 5 douches *** par jour ; activité qui soulage quelques minutes. Ne pas trop bouger, sinon, il fait plus chaud.

* Il pleut. Regarder tranquillement la pluie et le sable de l’extérieur pénétrer par les interstices du bas de la porte de la cuisine, par rigoles, sur le plancher et à l’intérieur des carreaux de céramique fraîchement installés, pendant qu’on prépare tout aussi tranquillement la soupe aux légumes du midi, observer celle qui sort du plafond, et dont on ne prend pas la peine de mettre un bol sous les gouttes qui tombent. Ça sèchera bien assez vite. Pourquoi se fatiguer à nettoyer ce qu’il faudra recommencer dans 2 heures ? Ne laver le plancher de la cuisine que deux fois par jour, même si c’est de nouveau sale de boue.

* La pluie n’est pas venue depuis deux jours. Respirer l’air devenu extrêmement sec avec sa poussière omniprésente qui transperce jusqu’au moindre recoin tous les livres, le linge, les rideaux, les meubles, la télévision – qui ne sert que pour les vidéos – et ce, malgré la protection un peu ridicule des tissus épais éparpillés partout. Espérer une nouvelle pluie.

* Observer l’inaction comme un fais divers, ordinaire, presque agréable. Mieux, y participer. Se promener et saluer des familles entières, des groupes de jeunes, qui restent assis des heures durant sur un banc, par terre, ne discutant même plus, regardant devant eux les gens qui passent. Ils ont bien raison : il n’y a rien à faire par ici, le taux de chômage est épouvantablement élevé. On m’a même dit que le taux de prévalence du HIV Sida au Ghana était le plus élevé dans la région de Kintampo, puisque les camionneurs se dirigeant vers le Burkina Faso passent et arrêtent tous par ici – on y mange bien, semble-t-il. Le nombre de filles mères rencontrées est impressionnant -- à peu près toutes mes voisines le sont, peu d’hommes y habitent.

* Tolérer les oublis des « amis » du coin, certaines hypocrisies, qui seront vues comme des pardons à reconnaître. Une amie m’avait invitée à l’église un dimanche matin – dans mon cas, c’est un fait presque grave, qu’est-ce que je ne ferais pas pour rencontrer du monde. Lui promettant que je serais prête à 6H30 am du matin. J’attends alors son arrivée, comme une perche, devant notre forteresse en bois, habillée telle une future missionnaire des Sœurs Blanches à la veille de prononcer ses vœux. Le mien est plutôt de voir à quoi ressemble une messe catholique à Kintampo, ayant été abreuvée par ces événements toute ma jeunesse. Saine curiosité. Or finalement, l’amie ne viendra jamais. Bien sûr, c’est normal. J’irais quand même à cette messe, tant qu’à m’être levée à 5H30 du matin. J’ai vu les murs, les objets, les ventilateurs, les bancs. Et le reste.

Finalement, ce n’est que deux semaines plus tard que l’amie m’avouera qu’elle n’avait pu se rendre au rendez-vous, ayant été très malade. Or, le lendemain du fameux dimanche, achetant mon pain quotidien, je la rencontrais en pleine forme, le téléphone cellulaire à la main. Un seul événement de ce type ne m’aurait pas occupé l’esprit au point de le relater, mais les rendez-vous ratés de ce type se comptent par dizaines.

* Inviter un plombier qui va réparer les tuyaux des robinets, de la douche, de la toilette, qui coulent tous – il les avait installés à notre arrivée - puis l’attendre sagement 2 semaines, et regarder l’eau suinter dans les bols prévus à cet effet. Espérer qu’il viendra aujourd’hui, parce que « ça ne peut pas durer ».

En fait, ça durera.

* Un chauffeur de taxi qui ne vient pas au rendez-vous prévu, parce qu’il a un client plus payant. L’attendre une demi-heure: ce ne serait pas correct de notre part d’en prendre un autre, peut-être a-t-il eu un pépin ? Finalement, après trois quart d’heure d’attente, sortir pour en trouver un autre. L’autre ne fait pas l’affaire, il n’a aucune ceinture de sécurité, et le plancher est troué à plusieurs endroit. Attendre qu’un autre-autre se présente, sous le soleil.

* Une voisine – toujours enceinte, Émilia - qui veut me revendre les bouteilles d’eau vides que je lui ai données le mois passé. Non, ça, ça passe pas, je ne rachèterai pas mes bouteilles d’eau vides à celle à qui je les ai données ! Le lui dire simplement, sans lui faire comprendre que c’est quand même un peu malhonnête. Un « Non merci » suffira.

* Dorkas, l’aide de la maison me donne le prix du poulet vendu par le voisin, le frère d’Émilia : 5$. Connaissant le cour actuel des volailles de ce type, je refuse d’acheter l’animal. Elle me donne alors le second prix du vendeur, 4$. Faire remarquer qu’on aurait préféré connaître le second prix avant refuser le premier prix. Attitude requise : « À quoi bon, c’est pas si grave. » Et y croire. Puis, passer la journée heureuse, avec notre « aide de la maison », qui s’excusera 10 fois de sa petite erreur. De toute façon, ce sera le meilleur poulet que j’ai goûté depuis longtemps – organique, sans aucun doute.

* Posséder une certaine adresse pour tenir une lampe torche sous le menton, afin de couper les légumes, les pommes de terre, les faire cuire, brasser le tout, puis mettre la table, et encore, le sel, et le poivre « Où sont-ils ? ». Un soir sur trois, en ce qui concerne le Ghana – le manque de courant est national. Surtout : mettre une bougie dans la toilette. Car c’est pénible, sans. Continuer à trouver un certain charme au souper à la chandelle, avec l’amoureux. Quand on a du vin, l’apprécier à température ambiante : 30 degrés Celsius. Savourer l’indéfinissable.

* Encore : dès 6H pm, un soir sur trois, être prêt à sortir lampes torches, lampes à huiles « Made in China » qui coulent toujours, les 10 bougies-qui-ne-durent-pas (la chaleur les fait fondre plus rapidement). Parce que dans ce coin de pays, « ils » (qui ?) ont décidé de fermer le courant à cette heure, durant 12 heures, celle où justement on (mais pas juste moi, je devine) en a le plus besoin, soit, lorsque je désosse le poulet fraîchement tué. Les mains dégoulinantes de la chair de l’animal, on se dit :

« Mais pourquoi n’ont-ils pas décidé de couper à 8H pm ? Franchement, ça m’arrangerait. Au moins, tout serait prêt à cette heure-là. M’en fout moi, d’avoir du courant à 11H pm, 3H pm, 11H30 le soir, à 4 heures du matin, à 5 heures du mat ou même 6 heures am ? Couper entre 8H pm à 8H am, ce serait un bon deal, messemble ? » Qualité nécessaire : approuver les décisions des plus grands que soi.

* Attendre, attendre, attendre. Tout et son contraire. Nomme-le, et il faut encore attendre. Le taxi, je l’ai déjà dit. La réparation du véhicule, à remettre pour le mois prochain. Le visa ? C’est quoi ce mot ? Attendre le financement d’un projet fabuleux, qui n’arrivera qu’à la Saint-Glin-Glin, attendre que le gars du bar finisse de construire le bâtiment prévu en décembre passé, attendre que chacun fasse son job, alors que la plupart s’en foutent, mais alors, s’en foutent royalement. Y’a d’autre chose à faire que de s’occuper des promesses ennuyantes à tenir. Qualité dans ces cas-ci ? Ne pas exploser, ne pas dire sa petite vérité, alors qu’en bonne Québécoise, j’aime la transparente qui devient alors un vilain défaut.

* Demander un produit, le payer, et devoir se débarrasser dudit produit, alors qu’on vient de le recevoir tout neuf et totalement vierge. Avant que je n’arrive à Kintampo, Lowell a acheté deux bons matelas. Puis, en donnant les mensurations des matelas, il a commandé à un menuisier du coin les pourtours et les bases en bois, deux trucs différents. En recevant le tout, on s’aperçoit que la boîte du lit (le fameux pourtour en bois) possède les mêmes dimensions que les matelas.

Les mêmes.

Lorsqu’on dépose le matelas dans la base, les attaches métalliques qui retiennent les parties du pourtour se défont, puisque non seulement le matelas est au final trop grand, mais qu’aucun drap ne pourra jamais s’insérer là-dedans.

On réexpédie alors les pourtours en bois chez le menuisier, pour les faire agrandir, et elles nous reviennent… avec les mêmes dimensions.

Les mêmes.

Aucun changement n’a été fait. Je le comprends maintenant. C’est impossible à modifier, d’ailleurs, c’est pas de sa faute, le travail a été fait au centimètre près. Je fais donc venir « le gars » et lui dit de reprendre son pourtour. Gratuitement. Je ne veux plus jamais revoir ce gros bois lourd. Il fait celui qui ne comprend pas -– quand même, on se garde une petite gêne -- puis après 5 minutes de réflexion, il accepte de me débarrasser de ses pourtours de lit.

Il fait une autre pause, puis me demande :

« Sister, what will you do with the wood basement that comes with the frame, where you put the mattress on ? »

Tsé, la frame, c’est le pourtour du lit, et la base, c’est de simples lattes de bois non travaillé, qui permettent au matelas de ne pas joncher sur le sol. Finalement, de ne pas dormir avec les cafards qui pourraient venir nous croquiner les orteils et les fourmis qui piquent comme le diable.

« Brother, I need those basements, because if I also give them to you -– tsé, j’ai quand même payé 200 $ -– my daughter, my husband and I will sleep on the floor ».

Déçu, le menuisier.

Nos lits, à l'atelier du menuisier, alors que je n'avais que deux jours de Kintampo dans le corps:



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Besoin essentiel pour vivre: espérer le minimum. Sans jugement, ou si peu, en voulant profiter de la vie, de ses beautés, qui sont là, sous les yeux. Et quand on a pas ce minimum, prendre un livre, par exemple, « Ensemble c’est tout » et le lire jusqu’à la fin. Avec une lampe torche sous le menton.

Et regarder l'eau couler, en méditant sur ce phénomène.



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*** Douche : remplir un seau d’eau provenant du puits, et utiliser un bol afin d’asperger son corps d’une eau tiédeuse. Attendre que ça sèche sans s’essorer. Quand il y a du courant, se mettre devant le ventilateur.
****coquerelles de deux pouces de long