mercredi 30 mai 2007

Singes et cie

Juste quelques images, pour aujourd’hui. Clichés pris lors d'une jolie balade dans un sanctuaire de singes, situé à 1 heure et demi de Kintampo. Le sanctuaire est aussi traversé par un village.

Pour informations : http://www.tours.ghanatour.org/regions_detail.asp?regionID=2














jeudi 24 mai 2007

Message by Lowell: A usual day in Kintampo





Pictures

1) Scorpion in the barrel of water (the one we use to bath).
2) Experiment in group
3) Suicided scorpion


Today is Friday, May 18. Our daughter Laure spent the morning in a daycare center run by the Catholic Church. This has been a trying experience for her, since she is the only white child in the center and has difficulty in receiving so much curious attention. But this is gradually getting better, and she now has a few friends among the other children. (At the house, she has a selected group of about five Ghanaian children who come over to play).

This has been another day without electricity. The schedule lately has been 12 hours without electricity every second day, and there are rumors that the water level in Lake Volta, which powers the hydro-electric dam which gives electricity to Ghana and three neighboring countries, is so low that the dam may be completely shut down by the end of this month, with just two turbines used to give some power. (But yesterday I ran into the Paramount Chief of the Eastern Kintampo region, and he assured me that the dam would not be shut down. And, if that did happen, a source of power for the town of Kintampo would be created somehow).

Caroline spent the morning at the internet room at the Health Research Center in town. We have access to their good internet site thanks to the fact that I worked with the director and his staff to finalize a two-year study to determine the nutritional impact of Moringa leaf powder as a food supplement among infants of post-weaning age. This study will, once funding is secured, be done in collaboration with GIANT (the Global Initiative for the Advancement of Nutritional Therapy): an American private organization chaired by the former American ambassador to the U.N., Mr. Andrew Young. (GIANT is actively approaching foundations to find funding for this study). At the internet office, Caroline met a young American woman doing a few months of health-related research at the center. We discovered that there are two other foreign women (two from England) also living in Kintampo to work with the center. Until we discovered this, we had thought that we, along with one Peace Corps volunteer, were the only “ogbonis” living in Kintampo.

Yesterday we did an interesting experiment. I remembered once reading that if a scorpion is placed in a site surrounded by a circle of fire, it will commit suicide by stinging itself. We had one live scorpion we had put into a jar in the house (Caroline had found it a few days ago swimming in the barrel of water we keep in the bathroom. How it got there is a mystery!). So, I created a circle of burning charcoal, with a diameter of one and a half feet, and we dumped the scorpion in the middle. It ran to the edge of the circle until the heat drove it back. Then, as anticipated, it stung itself and rapidly died. (Scorpions, snakes, and malaria-bearing mosquitoes are the biggest dangers to life in Kintampo. On the bright side, there are also some interesting and non-threatening wildlife. One day, when driving to a nearby village, we saw a chameleon walking off the dirt road. I stopped the vehicle and took Laure and Caroline out to study it. Although wild, this chameleon was very mild. We were able to pick it up and pet it, then watch it slowly walk off the road, gradually changing its color to match its surroundings).

Tonight we hope to have electricity again. Laure looks forward to seeing her videos*.

Lowell

* by Caro: no, we did not have electricity...

mercredi 23 mai 2007

Le Moringa, ses feuillles, notre travail et nos espoirs

La plantation au Nord du Sénégal



La production de poudre de feuille - étape de l'ensachage, avec Fama, une bonne amie.



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Au sujet des deux photos du billet précédent:

La première photo, où on voit la vache morte, a été prise en 2003. Derrière, c'est la savane arborée, à sa limite - qui devient arbustive. Faut pas oublier qu'on est à 100 Km de la Mauritanie, territoire hautement désertique. Les arbres sont des épineux, dont certains sont des acacias. Les chèvres adorent manger leurs gousses.

Sur la seconde photo, on voit Laure, toujours en 2003, à quelques mois de vie (5 mois, je crois), lors de sa première visite en brousse - j'habitais Dakar, mais je venais au Nord à toutes les 2 semaines. Derrière, on apperçoit la plantation de Moringa oleifera. Avec l'équipe terrain sénégalaise, on avait planté un million d'arbres sur une superficie d'un hectare (comme des oignons), afin de produire une importante masse foliaire, pour la faire sécher, et la transformer en poudre. C'est cette poudre qui est très-très nutritive - vitamines, protéines végétales, oligoéléments, et qui sert à réhabiliter les enfants souffrant de malnutrition. Ce projet avait duré 4 ans.

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On tente de faire la même chose, ici, à Kintampo. Produire de manière intensive de la poudre de feuilles de Moringa oleifera, pour vérifier de manière scientifique les effets positifs sur les enfants qui souffrent de malnutrition - ce qui n'a jamais été fait à ce jour. Lowell a rédigé le projet, et la Medical Research Center of Kintampo a aussi écrit sa partie. De nombreuses personnes et organisations toutes reliées au Moringa travaillent avec nous. Nous sommes toujours en attente du financement d'une organisation américaine.

Lowell a déjà commencé à semer du Moringa, sur un territoire de 7 hectares, à 20 Km de Kintampo - mais pas de manière aussi intensive qu'on le fesait à Keur Momar Sarr (Sénégal).

La première difficulté rencontrée, vous le savez déjà, mais c'est tellement permanent que j'ai besoin de le répéter: tout est extrêmement lent, et il faut une patience d'Africain, pour arriver à regarder le temps passer sans pour autant sauter au plafond, ou s'arracher les dents et les ongles, alors qu'on voudrait tellement que les événements se produisent. Et la pluie qui est là, et les arbres qui pourraient pousser, si on avait semé, et surtout, si on avait eu la terre disponible, chose très difficile à trouver pour des questions financières, administratives et culturelles.

Détermination. Espérance. Que dire d'autre publiquement sans trop manquer de pudeur? Beaucoup d’amour, et heureusement, ça ne manque pas du tout.

vendredi 18 mai 2007

Les villes, les villages


Trois jours après avoir acheté ma première vache. Mauvais achat... Au Nord du Sénégal, territoire nomade. Ndimb Peuhl (région de Louga).




Laure et Nogueye, en 2003, en zone nomade, au Nord du Sénégal


Il existe 5 grandeurs d’agglomérations en Afrique de l’Ouest. Selon mon expérience, bien sûr. C'est simplifié.

1) La capitale. Des millions de personnes. Presque tout les produits et services nécessaires y sont, sauf pour les pays les plus difficiles – je pense à la Guinée Conakry, Guinée Bissau – ou aux pays en guerre. La majorité des expatriés y vivent. Les routes sont assez bonnes. Mais je ne connais pas de capitale Africaine où la circulation routière n'y est pas anarchique. Les "taxi-man" sont de terribles, terribles cow-boy.

2) La grande ville. Population de plusieurs centaines de mille. Beaucoup de services, encore quelques produits d’exportation disponibles (genre du beurre!), mais pas d’administration, ni d’ambassades – donc, pas de visas. Quelques expatriés, faciles à reconnaître. Bon réseau routier.

3) La petite ville. Quelques milliers de personnes y vivent. Un peu de services, mais manque beaucoup de choses – alimentation, services hospitaliers déficients. Pour obtenir de quoi, il faut être très patient. Un jour, y’a des tomates, le lendemain, c’est fini. On arrive à se débrouiller – eau courante, électricité. Par contre, ça arrête souvent. Kintampo en fait partie. Keur Momar Sarr aussi (Sénégal, où j’ai vécu 4 ans), même si je le vois situé entre les deux (3 et 4). Par exemple, l’électricité et l’eau courante n’y sont que depuis 1998. En 1994, il n’y avait que trois téléphones, aujourd’hui, avec les téléphones portables, il doit y en avoir des milliers. Ouf. C'est ici que le réseau routier commence à être vraiment pénible.

À Kintampo, à ce jour, on croit être 9 expatriés. Un prêtre catholique polonais, un autre prêtre catholique de la Philippine, un Américain corps de la paix – volontaire pour deux ans, et hier, on a découvert que deux Anglaises et une Américaine - rencontrée ce matin - vivent à Kintampo!

4) Le village. Quelques centaines de personnes y vivent. Le village est presque toujours divisé par familles. Presque pas de services, pas d’eau courante, pas d’électricité. Mais un réseau familial très fort – et contrairement à ce que l’on croit, peu d’aide communautaire. Tout se passe à travers la famille. Sauf quand c’est un ami « intime ». Maisons sur la dure. Souvent paille, ou en banco – mélange de terre, d’argile, de retailles de récoltes et de bouses de vache.

Les deux pieds dans la… Hygiène quasi inexistante, par exemple, peu de toilettes saines. Tout autour, de l’agriculture extensive – rendement faible. Pas de charrue ou rarement. Le labour se fait avec un instrument à la main. Je n’ai jamais habité un petit village de ce type, sauf quelques nuits pour des petits contrats. Mais j'en ai vu des centaines, à travers les divers déplacements personnels et professionnels. À noter: on y est toujours bien reçu.

5) L’installation nomade. La plupart du temps, des habitations en paille – protégées de la pluie avec des sachets de plastique - qui se démontent facilement. Quelques familles (ou une seule famille) y vivent durant les mois où l’herbe est encore verte autour – période des pluies. Ils font des trous partout, pour récolter l’eau de pluie, afin d’abreuver leurs animaux – c’est assez dangereux, il y a des puits à ciel ouvert de manière anarchique. Les nomades sont avant tout de grands éleveurs d’animaux – vaches, moutons, chèvres. Quand la période sèche arrive, la famille migre, afin de trouver de l’herbe plus verte pour les animaux – qui sont toute leur richesse... Aucun service.

J’aime beaucoup ces endroits, surtout en zone sahélienne. Bizarrement, c’est assez propre. Par contre, autour, ce n’est pas le cas – les animaux salissent beaucoup. Mais là où la famille habite, il y a si peu de matériel que tout paraît très pur. Et l’espace, quand on en fait le tour du regard, est fantastique. On voit l’horizon à perte de vue, quand c’est aussi plat qu’au Nord du Sénégal.

C’est avec les nomades que j’ai compris, du moins en partie, l’esprit du mot liberté.

mercredi 16 mai 2007



Nouveau tripe chutes, avec papa. On voit bien la personnalité fonçeuse de Laure...

To mother and father in law

This post is for Lowell’s parents. To tell them that I think about the life they had, in Africa, between 1960 and 1970, in Nigeria, with 3 young boys (from 6 to 10, when they came first), coming directly from Minnesota - from Fargo!!! - and staying 10 years in a town named Ibadan, North Nigeria… Knowing what life it is now, and certainly what it was before (I mean, more difficult), with no electricity, may be no running water, no experience of Africa… what brave people they were!!!!

After a few years, Lowell's mother gave birth in Nigeria, to her last baby: a girl. Living with scorpions, snakes, and other wonderful things I see myself here, in my garden, and thinking they could stay 3 years in Africa, without coming back to the States... I juste can say: WAOW! With three terrible boys and a baby new born, how did you manage all that, and still enjoying life, like you always did!

They have all my admiration.

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Sorry for this poor English.

mardi 15 mai 2007

Beaucoup de plaisir

Résultat hilarant. Les enfants jouant avec les grosses craies. Puis, Causa (l'enfant du centre) a eu la bonne idée de se peinturuler le visage avec une craie verte. Les autres ont suivis, et les fous rires ont bien sûr suivis.

Par contre, pas trop d’effets sur la face de la Laure!

Petites nouvelles en bref

* pas si nouvelles que ça, en fait, puisque ça fait une semaine que ma connexion Internet bloquait - sauf le courriels, va savoir pourquoi. Tout est réglé pour l'instant. J'avais écrit ce billet la semaine passée.

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Lowell reviendra ce soir d’un périple de 5 jours à Accra, où il a été interviewé par la télévision nationale au sujet de son travail sur le Moringa et la malnutrition. Ce matin, à 7H, il passait au réseau « Métro Ghana ». Malheureusement, pour faire changement, pas de courant à Kintampo. J’espère qu’il a pu voir, pour nous raconter l’événement.

Ce qui est bon avec ce voyage à Accra, c’est que petit mari va nous revenir le véhicule BONDÉ de nouvelles denrées fantastiques, comme du beurre, du chocolat, du bacon, des oranges, du Roquefort (à manger tout de suite, le mois passé j’ai perdu mon bon Roquefort papillon…), de l’huile de tournesol, des cœurs d’artichaut, des crevettes (en conserve), des antibiotiques pour enfant.

Durant ce temps, Laure a eu la bonne idée de se taper une diarrhée, va savoir d’où ça vient, mais après deux jours d’école, je crois deviner que ce n’est pas à la maison que ça s’est passée. Et bien sûr, elle me l’a refilée. Heureusement, une pas trop forte, sans crampes au ventre, ni fièvre. Notre aide à la maison (son nom : Dorkas) a acheté une poule, l’a tuée, l’a plumée, l’a évidée, et moi, je l’ai fait cuire dans un gros chaudron rempli d’eau (un bon presto Lagostina, acheté en solde, quand Mon-oncle-Eaton rue Sainte-Catherine a fermé ses portes en 1999), durant 3 heures avec du riz, des oignons, de l’ail, de petits légumes (pas trop), du gros sel de Guérande (vive la Bretagne!).

Laure a adoré, en a même repris, moi aussi, pardieu, et nous voilà peut-être guéries. Avec deux Imodiums pour ma part, et une demie pour la petite – même si c’est pas du tout recommandé pour les 4 ans et demi… Et de l’eau, de l’eau, de l’eau et encore de l’eau.

Puis, dodo à 7H30 du soir.

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Rumeur à Accra : le barrage qui fournit en énergie le pays devrait cesser toute activité d’ici une semaine. Dixit Lowell. On croise les doigts que ce soit une grande farce.

mardi 8 mai 2007

Intermezzo Rach 3

Rien de plus beau, de plus grand que le Concerto no 3 en ré mineur – bien sûr, mineur, c’est plus souffrant - de piano de Rachmaninov. Nommé simplement « Le Rach 3 ». Très connu. Ce premier allegro ma non troppo m’épuise de plaisir. Le temps s’arrête, dès les premières notes.



Rien au monde n’égale cette petite mélodie, en tout cas pour l’instant. Je me sens pris dans un flot irréel d’émotions, et encore plus quand c’est interprété par André Laplante, lors d’un concours en Russie en 1978 – deuxième prix ex aequo avec un Français. Prouesse technique.

L’être qui a composé cette musique devait comprendre ce que je vis. À son sujet, Wikipédia dit : « Composé dans le cadre paisible de la propriété de campagne de sa famille… ». Étonnant. Encore : «Rachmaninov a écrit cette pièce dans le but de montrer ses propres talents de compositeur mais également de pianiste » Il n’est certainement pas le seul qui veut prouver de quoi. Pourtant, je le sens, même en 1909, il savait qu’un jour, quatre-vingt-dix-huit ans plus tard, une petite Québécoise serait cloîtrée dans un village africain nommé Kintampo, et qu’elle aurait besoin de cette énergie, de ce génie, de ce point d’orgue sans fin, répété plusieurs fois, lui permettant de savourer la liberté promise, la vraie, celle où plus rien ne subsiste, que l’air ambiant, que le clavier, la bougie devant – pas de courant à Kintampo, ce soir - et certainement devant un bon Bordeaux. Température ambiante, 34 degrés Celsius.

L’homme qui interprète au piano est un surdoué de l’émotion, c’est inconcevable de croire que certains sont mieux nantis que d’autres, question talent. Quelle tricherie de la vie, non?

Le piano a fait partie de ma vie à partir de 4 ans (mes deux sœurs aînées ayant déjà commencé leur pratique) jusqu’à mes 18 ans, année où j’ai arrêté les cours privés. À la fin des années ’60, ma mère avait déniché un piano tout en hauteur pour 50$, exploit il va sans dire.

Je vous le dis tout de suite : je n’avais aucun talent. Mais alors, aucun. En tout cas, pas pour le piano. Je dois aussi préciser que mon professeur de piano était aveugle. Incroyable non? Berthe faisait partie de la famille, puisque toute la fratrie a passé de nombreuses heures à lui montrer, chaque semaine, le résultat de son labeur quotidien, sous ses doigts tous maigres remplis de bijoux en or, à défaut d'yeux. Si elle ne m’a pas inculqué l’amour de la pratique du piano, elle m’a par contre beaucoup appris sur les habitudes des « personnes souffrant d’un handicap visuel ». De sa montre qui s’ouvrait, sur laquelle on pouvait lire l’heure en braille avec le doigt, jusqu’à son téléphone adapté à ses besoins – à l ‘époque, Bell lui permettait de demander gratuitement n’importe quel numéro de téléphone. Bref, une personnalité hors du commun, avec ses petites manies – « C’est l’heure de mon verre de cognac, mon médecin me le recommande, pour ma pression. » C’est ça, chère, dis plutôt que tu aimes ça ;). Je te salue, d’ici bas, grande dame, alors que tu prends ton pied, en haut, toi qui a su, tout de même et malgré tout – j’insiste, j’ai détesté mes pratiques et leçons de piano – me faire apprendre certaines musiques des plus sublimes, que je peux toujours pratiquer, dont un certain Chopin, ou un mélodieux Mendelssohn «Venetian Boat Song». Presque aussi musical que ce Rach 3.

Dieu de dieu. Qu’elle est magnifique mélodie. Et je remercie mille fois mon ancien patron du centre de recherche en foresterie à Québec, de me l’avoir offert en cadeau, avant de partir de mon job, en 1998, pour revenir au Sénégal, et vivre avec mon amoureux. Ce même mélomane, lui-même ingénieur forestier et de plus, excellent chanteur d’opéra. Jamais je n’aurais pu trouver meilleur superviseur.

À chaque écoute de ce Rach 3, l’effet reste le même : les quelques premières notes me font littéralement flancher. Le cœur n’a qu’un désir : devenir meilleur. Une des rares mélodies qui ne me fatigue pas. Douceur de tous les temps. Piano magique, touches légères, rapides comme le vent, qui nous emportent cers une Europe mythique, celle qu’on voudrait si libre et constructrice, puis puissantes et rudes comme les vagues de Forillon en Gaspésie, au printemps, durant une tempête.

Et ça s’arrête net. Sec. Comme ici. Dernier mouvement : « Alla breve ».

lundi 7 mai 2007

Les amis de Laure Marianne



Les voilà ses vrais amis, tous présents. Ceux que Laure a choisis, dès les premiers jours - bon choix d'ailleurs.

À partir de gauche, on voit la Laure, puis l'intelligente Akose (6 ans), la douce Hariet (6 ans), devant, le turbulent mais adorable Gilbra (5 ans) - incontestablement, le plus grand mangeur de mangues que j'ai jamais rencontré - et derrière, de dos, Yasteeven (6 ou 7 ans), le plus sage. Complètement à droite, le petit frère à Hariet (Kevin, toujours en train de rire).

Ils viennent à la maison à tous les jours. La plupart du temps, ils jouent dehors, avec quelques jouets, que je dépose sur des tapis de plastique. Ils dansent, se balancent sur la balançoire construite par Lowell. Quelques fois, ils jouent à l'intérieur, quand ils veulent jouer avec des jouets plus petits - par exemple le '"Camping Car" de Playmobil. Puis, quand il y a du courant, ils ont droit à un vidéo, que chacun choisi à tout de rôle. Avec quelques biscuits, de l'eau froide, tout le monde est heureux!

Never say never again

Je m’étais juré que jamais, jamais, jamais, la Laure n’irait dans une petite école de brousse. Pour plusieurs raisons : malpropreté des lieux – particulièrement les toilettes - dureté des éducatrices, peu ou pas de jouets, classes surchargées et surchauffées, et pour tout meuble, que des petites tables et des chaises, avec un tableau noir remplissant l'espace.

Lowell et moi avons visité l’école par deux fois, et avons convenus que pour 3 ou 4 heures par jour, ça ne pouvait pas être si mauvais que ça. La classe de Laure est heureusement peu chargée – 7 petits de 4 à 6 ans – et la « teacher » semble assez douce.

Laure a insisté, beaucoup même, pour aller à l’école. Ce dernier mois, ce n’était pas possible, puisque nous étions à la période de congé pascal – qui dure plus d’un mois ici. Alors, tous les enfants du coin n’y allaient pas non plus. Mais dès qu’elle a compris qu’ils retournaient à l’école, elle a demandé assez souvent de trouver une école. On lui a bien expliqué qu’il y aurait très peu de jeux, qu’elle allait être assise sur une chaise, qu’elle allait apprendre à écrire (ils apprennent à écrire en anglais à partir de 2 ans et demi, moi qui suis totalement contre), à chanter, et à jouer, un peu. Qu’au début, les enfants allaient être très curieux d’elle – la toucher, la regarder constamment – mais qu’après trois ou quatre jours, elle trouverait de vrais amis de son âge.

Et bien… la voilà inscrite, à 9 heures, voilà quelques minutes. Quand même… je me dis « Oh là là… est-ce qu’on fait les bons choix? ». La question, d’ailleurs, que je me répète de plus en plus souvent… C’est quand même sa troisième petite école en un an. À cette même période, l’an dernier, nous vivions à Accra, et elle était inscrite à « Bizzy Bees School », dans un lieu fantastiquement coloré, rempli de jeux fabriqués en bois, avec une éducation tout en douceur et en musique – ils appliquaient le vrai programme Montessori. À chaque vendredi, ils dansaient plus d’une heure au son des tams-tams « live ». J’étais fière de la voir dans cette école. Et puis, voilà quelques mois, elle avait eu la chance d’être inscrite dans un CPE – luxe suprême, privilège des privilèges! - de la ville de Québec. Et maintenant, la voilà assise sur sa petite chaise en bois, devant son mini bureau, à répéter les A-B-C et les 1-2-3 en anglais.

Recommandations pour ce matin: tu ne bois pas d’eau autre que celle de ta gourde, tu manges seulement ta collation, pas celle des autres, tu ne peux pas partager (alors que je lui répète sans cesse de tout partager « sinon, tu n’auras pas d’amis »), tu mets ton chapeau quand tu vas au soleil. Je te mets de la crème solaire à chaque jour. Tu ne restes pas l’après-midi, parce qu’ils n’offrent que du riz ou de l’igname comme dîner. Pas de fruits, ni légume, ni viande.

En fait, ce qui me donne le tournis, c’est ce magnifique bond réalisé en si peu de temps, quand on réalise les différences entre la Garderie « Les petits mulots » de Charlesbourg avec Diane-la-douce éducatrice, les jeux de toute sorte, la propreté, la nourriture de qualité, et puis, cette école de quartier de Kintampo avec Sofya le professeur et une classe vide de tout objet. C’est vertigineux.

C’est comme quand je reviens au Québec, durant l’hiver, arrivant à l’aéroport, je vois qu’il fait -20 degrés Celsius, alors que quelques heures plus tôt, j’étais dans un village où il faisait 40 degrés Celsius. C’est cet écart de 60 degrés que je revis, ici, dans cette mini école.

Je ne sais pas ce que sera sa réaction, sera-t-elle heureuse dans ce réduit d’école? En fait, connaissant la nature positive, indépendante et entreprenante de la Laure, je suis persuadée que oui. Elle était fière, ce matin, lorsqu’elle s’est vêtue de sa jolie robe africaine, de ses pantalons (contre les piqûres de moustiques et les fourmis), ses bas, ses souliers, son chapeau, et qu’elle a mis sur son dos son sac à dos rempli de ses victuailles, pour filer vers sa nouvelle école. Quand je suis partie, elle m’a à peine regardée, prête à apprendre, à connaître, à vivre en groupe. Elle le sait « Maman, je vais apprendre à lire »! Brave, brave fi-fille.

Dites, pourquoi le mot jamais existe-t-il dans ce cas?

jeudi 3 mai 2007

Conditions de vie des populations




Voici une habitation typique de la région, où vivent plusieurs personnes. On comprend qu’il est plus sain de rester dehors, même en temps de pluie.

Ils en endurent, les gens d'ici, et je me dis fréquemment que les Africains - et ceux vivant dans les pays souffrant d'un manque de développement - sont sûrement les plus courageux de la planète, car ils ne chiâlent vraiment pas souvent, et continuent inlassablement leurs tâches quotidiennes – préparer à manger, cultiver le sol, nettoyer, chercher un boulot de journalier - malgré le lot de difficultés qui apparaissent, pour une Occidentale, complètement insurmontables.

La base est faite en ciment, mais les murs sont fabriqués avec des briques composées d’un mélange de compost – de la paille, des résidus de culture céréalières – de la boue et quelque fois, de la bouse de vaches. Ça possède tout de même un avantage : ça garde plus frais que le simple ciment. Mais… quand il pleut, ça se détruit très rapidement. Alors, quand ils en ont les moyens, les propriétaires vont faire recouvrir les murs avec du ciment, comme on le voit en avant. Le toit est la plupart du temps fait de tôle ondulée.

Tous mes voisins vivent ainsi. Quand je suis invitée, ou quand je vais offrir mes salutations d’usage – par exemple, les parents des amis à Laure – ils ne me font pas rentrer à l’intérieur, mais ils sortent une chaise en plastique. S’ensuit une jasette toujours animée remplie de rires.

À l'intérieur des pièces, presque rien, sauf des matelas, simplement déposés par terre, et qui seront relevés au petit matin – on se lève vers 5H, 5H30 dans la région. Une femme préparera le petit déjeuner, avec des restants de la veille, ou du pain et de la margarine, suivit d’un liquide chaud que je ne connais pas encore. Puis, elle balayera le terrain, avec un petit balai fait de petits brins de pailles, si petit qu’il faut absolument avoir le dos courbé pour ramasser les feuilles tombées la veille, ou les os du repas de la veille jetés sur le sol. La préparation de la nourriture se fait devant la maison, souvent à même le sable, les toilettes sont extérieures (nos bécosses à nous!). Mais les jeunes enfants ne les utilisent pas, ils vont plutôt à l'arrière de l'habitation. S'ensuit, bien sûr, un cortège de petites maladies, surtout dermatologiques. Des furoncles, des pustules, des parasites, la gale, partout. Des petites blessures difficiles à guérir – je suis devenue l’infirmière du quartier pour quelques enfants. Je comprends pourquoi tous les enfants ont le crâne rasé, quand ils vont à l’école.

Difficile de ne pas écrire un billet au sujet de la pauvreté, du manque, de la grande pudeur des gens d’ici. Noblesse. Beauté qui me touche. Enfants courant partout, nous faisant la fête à chaque sortie. Réelle gentillesse de tous, et surtout, curiosité. Presque chaque jour, une personne, souvent une mère avec ses enfants, vient cogner à notre « forteresse » simplement nous voir. Montrer à ses enfants leurs premiers « blanc ». Laure provoque beaucoup de curiosité, et si aujourd’hui, elle ne comprend pas – je dirais même qu’elle a peur des enfants qu’elle ne connaît pas, surtout quand ils sont 60 autour d’elle – un jour, elle vivra mieux la différence.

Bel exemple, en tout cas pour moi, d’humilité, de joie de vivre – même si cette idée a été galvaudée, il reste que c’est tellement vrai. Les tam-tams, chaque soir, la musique, les prières chantées, autant pas les chrétiens que les musulmans, un heureux mélange de respect, de tolérance entre tout le monde, qui vit au grand jour – on voit les gens vivre au quotidien, ils n’ont pas de clôture, c’est intéressant… et très difficile de ne pas photographier, il y a des centaines de magnifiques photos à réaliser, mais… je ne me sens pas le courage de sortir mon appareil, de demander la permission… peut-être d’ici quelques mois, quand ils me connaîtrons mieux.

Donc, dignité. Espoir de jours meilleurs, tout en exécutant les difficiles tâches quotidiennes, souvent dans la boue. Et oui, je compare avec notre vie : je le sais, j’en ai beaucoup. De choses, d’amour, de douceurs, et… d’argent – si on compare, je le répète ;). Ne me manque que le bon boulot qui pourra satisfaire mes désirs de performances. Paradoxes, bien sûr.

Mais surtout attente et impatience de pouvoir enfin m’enthousiasmer devant la joie de Lowell, quand il trouvera ce financement qui pourra faire avancer la cause de la malnutrition en Afrique de l’Ouest.

mardi 1 mai 2007

Un premier scorpion



Mort! Le voisin, Daniel, l'a bien tapé. Quand un scorpion se fait tuer, tout le voisinage est mis au courant.

Laure, assez énervée, et moi, sur le bord de vouloir le disséquer : souvenirs de cours universitaires, en biologie animale. 

Par terre, une petite mangue, à droite, le puits - l'objet de toutes mes peurs - et tout au fond, le mur fortifiant notre maison des regards curieux - les enfants arrivent quand même à observer à travers les bardeaux de bois notre quotidien.

Obsession: la nourriture

Ça fait plus d’un mois que nous sommes arrivés à Kintampo, et je commence déjà à rêver à certaines nourritures qui me manquent. Bien sûr, du fromage, des jambons, crus ou cuits, des salamis, des gâteaux raffinés, certains fruits – des kiwis par exemple - mais surtout... extase suprême: des fruits de mer.

Discutant avec une amie au sujet « d’attaques » de chocolat, je lui décrivais que de mon côté, j’avais une très forte envie de crevettes fraîches- crevettes nordiques - du Québec, celles qui sont en ce moment en vente. Durant cette période-ci – fin avril/début mai – le ventre des crevettes est rempli de leurs minuscules œufs tous croustillants. C’est un pur délice, le goût salé, croquant de ces petits œufs me rend presque malade… Or, c’est la 8ième année que je n’ai pas goûté à ces œufs, parce que je ne suis pas revenue au Québec, durant le printemps, étant soit à Dakar, soit à Accra.

http://www.passeportsante.net/fr/Nutrition/EncyclopedieAliments/Fiche.aspx?doc=crevette_nu

Nostalgie. Désirs culinaires, qui devront être satisfaits ailleurs.

Ce billet est donc une ode, un chant, une quasi prière, pour la partie la plus importante de ma vie, ici, à Kintampo : préparer à manger, pour bien nourrir Lowell, Laure et moi, sans tomber malade, avec un minimum, qui des fois, devient acceptable.

Voici la liste d’épicerie des éléments que nous trouvons facilement :

Catégorie frais :

Tomates, choux, gombo (ocra) – frits, c’est mangeable, sinon, c’est gluant – aubergines, oignons, ail, mangues, ananas. Des œufs – souvent trop vieux. Quelques fois, bananes et pommes (importées). Du poulet, du bœuf, des fois, du mouton. À acheter de préférence le matin, sinon, ça pourrit rapidement sous le soleil. Par trois fois, notre chien a été l’heureux gagnant de notre souper. Mais quand c’est frais, c’est excellent.

Hier, j’ai trouvé, derrière chez moi, une femme qui fabrique le pain! Du pain frais, un pur luxe! Elle a eu la gentillesse de nous dire que si nous lui en achetions chaque jour, elle nous ferait de quoi de particulier. J’ai hâte de voir ça demain.

Quand nous allons à Techiman, à 1 heure de route, je peux trouver des carottes, des poivrons (piments pour le Qc!), de la ciboulette, des fèves vertes, des choux fleurs, des pommes de terre.

Partout, partout, partout, à tous les coins de rue, quelqu’un vend de l’igname… franchement, je n’aime pas tellement. Une bonne amie m’a trouvé des super recettes, que je vais essayer d’ici peu. Mais j’avoue que cette grosse masse noire ne me tente pas du tout.

Aucun poisson frais, il faudrait faire 100 km au Nord pour en trouver – lac Volta. Alors, on mange des sardines en boîte. Avec de la mayo, des oignons, des aubergines, c’est assez bon.

Catégorie sec :

Beaucoup de riz, de plusieurs catégories. Heureusement, Laure en mange beaucoup. Puis, la semaine passée, j’ai trouvé du blé concassé. J’en ai acheté 1 kg, et j’ai su qu’à 500 mètre de la maison, il y a un moulin à céréales, où pour quelques sous, on peut le faire moudre. J’aimerais maintenant savoir comment faire pour transformer la farine de blé complète en farine blanche, pour faire des pâtes fraîches. Vous savez? Car si je suis super contente d’avoir de la farine complète, je trouve que les pâtes sont meilleures quand on fait moitié-moitié (blanche et complète).
J’ai un bon stock de légumineuses achetés à Accra, on peut trouver à Techiman (des Weetabix, que Laure adore!). Du lait en poudre.

Ce qui me manque, actuellement, c’est de l’huile d’olive. Me reste un peu de beurre. Une boîte de pâte de tomate. Par contre, on trouve de la mayonnaise – mais pas la bonne Hellman’s.

Lowell ira à Accra d’ici une semaine, pour y passer quelques jours, alors, je vais lui faire une très longue liste de ce que je sais maintenant qu’on ne trouvera jamais à Kintampo.

Un mot qu’on se répète souvent, entre expatriés – en tout cas, ceux d’Accra : « Quand on voit de quoi au magasin, et que c’est rare, faut l’acheter tout de suite, et puis, tant qu’à faire, acheter tout le stock, parce que demain, y’en aura plus pour un an ».

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Voilà donc avec quoi je fais à manger. Le midi pose problème. J’ai l’impression de manquer d’imagination – genre choisir entre sandwich aux œufs ou à la sardine. Mais la nourriture, la préparation est actuellement le centre de ma vie. Je passe au moins 4 ou 5 heures par jour dans la cuisine. Le four fait monter la température, et malheureusement, à 36 degrés Celsius, je n'ai pas du tout le goût de préparer de manière élaborée. Mais d'ici un mois, la température va changer, et alors, je vais me mettre à la fabrication de pâtes fraîches.

La voici, d'ailleurs (la cuisine) - la petite chaudière, par terre (mauve et verte), c'est le filtre à eau (fait maison), et la gros bidon, c'est l'eau du puits. Tablettes faites maison, aussi...



« Qu’est-ce qu’on mange, ce soir, Lowell? »

« Qui va acheter la viande, quoi et combien? » quand on sait très bien que ce sera 4 fois sur 5 du boeuf!!!!

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Bonne nouvelle : actuellement (je précise), le frigo fonctionne!