- Keur Momar Sarr, Nord du SénégalTous, nous pouvons avoir une opinion au sujet de l’Afrique, avec ou sans expérience du continent. La liberté d’expression nous donne heureusement le droit de parole, que je nomme plutôt devoir de parole. Bien sûr, connaître une situation permet de mieux cibler les actions, pour améliorer avec efficacité un petit pan de la société. Et en même temps, ça ne veut pas dire grand chose. La majorité des vrais professionnels de l’Afrique, Africains ou autres, se trompent souvent sur les multiples solutions au sous-développement; car après presque 50 ans d’après colonialisme, la pauvreté et tout ce qui tourne autour est omniprésente et la bonne gouvernance, qui peut engendrer un réel développement a encore beaucoup de chemin à faire.
Ce développement qui se fait quand même à pas de tortue, de 15 kilomètres de route reconstruite, en aéroports un peu mieux protégés, payés par la Banque Mondiale ou autre méga-organisation, en classes d’alphabétisation fonctionnelles dans un village vide de ses bras forts partis gagner leur pitance dans la capitale ou en Europe, ou pire, mort du sida, de dons de motopompes pour faire venir l’eau d’un lac malade de bilharziose, de micro crédits de 500$ pour améliorer son niveau de vie, de formations en tout genre, de séminaires interminables, puis de l’autre côté… de pertes énormes suite aux catastrophes naturelles qui brisent tout, des guerres intestines, de milliers de réfugiés marchant des centaines de kilomètres pour garder la vie sauve, de gouvernements trop peu sensibles au peuple qu’il devrait gouverner et si peu responsables de leurs devoirs... des millions d’enfants dans la rue.
Deux pas devants, trois pas derrière. Fatalisme constant, mais inutile, mais réducteur.
Tout est si complexe, personne n’en ressort gagnant, sauf ceux qui en profitent derrière, grassement, ne l’a t’on pas assez répété : politiciens véreux, occidentaux toujours plus exploiteurs avec les années, souvent, sous des bannières internationales, et ce, malgré l’effort honorable de certains internationaux sérieux, de petites ONG et associations de quartier.
On peut et doit continuer à en discuter partout dans le monde, peut-être pour s’éparpiller de nouveau, trouver qu’on possède enfin la solution et la démontrer durant un important congrès coûteux, à l’aide de doctorants socio-politiques, aux diagrammes élaborés et aux brillantes paroles impossibles à comprendre. Puis, qui sait, certaines idées et décisions prises pas les populations elles-mêmes feront avancer quelque coin d’Afrique, comme on peut le voir déjà dans certains pays?
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Les bonnes nouvelles semblent rares, mais à y regarder avec attention, et en restant le plus rationnel possible, on dirait bien que l’Afrique avance. Plusieurs pays peuvent se réjouir de leur nouvelle démocratie, comme le tout récent gouvernement du Libéria et sa nouvelle présidente, première femme élue au sien d’un État africain. Et ce n’est pas le seul pays à réaliser de telles réussites. Les nouveaux journaux débordants de vitalité osent dire la parole autrefois cadenassée. La censure existe toujours, mais sans aucun rapport avec ce qu’elle était voilà 20 ans. La croissance annuelle africaine, de 5,9% est signe d’une grande vitalité. Et dans la majorité des pays de l’Afrique sub-saharienne, le taux de natalité chute. Autre bonne nouvelle : l’OMS mettra bientôt en place un traitement contre la paludisme (malaria), maladie chronique trop souvent oubliée, à côté du sida dévastateur. Toutes ces bonnes nouvelles pourront être plus facilement discutées en Afrique, car le téléphone cellulaire et les cafés Internet sont de plus en plus accessibles. Par exemple, le coût de l’utilisation d’Internet dans un cyber-café, à Dakar, est de moins de 1 dollar de l’heure, qu’on peut diviser en plages de quinze minutes.
L’ouverture au monde est omniprésente. Les Africains sont de grands connaisseurs en géographie, en politique internationale, même ceux qui n’ont pas été à l’école!
Qui parle de ces bonnes nouvelles africaines, au pays de mes ancêtres? Car pendant ce temps, dans les cuisines québécoises, tout comme ailleurs, on ignore. On n’a pas le temps de se renseigner au sujet des Africains, ce qu’ils vivent, où ils posent leur pied, ce qu’ils perdent, puis ce qu’ils gagnent, et tout naturellement, pourquoi ils meurent. On ne veut pas voir l’homme noir dans sa pauvreté qu’on croit dégradante, alors qu’elle est digne, alors que ces hommes sont la plupart du temps simplement heureux.
Comme nous tous.
Et pour cause, les images de World Vision, qu’on peut visionner à tous les jours à la télévision privée font peur à plus d’uns.
Pourquoi oublier? Parce qu’on aime les gagnants et que l’Afrique est l’ultime continent des perdants?
Pourquoi en parler? Parce que l’Afrique c’est aussi chez nous. Non pas que nous y vivions, mais parce qu’elle est à côté, beaucoup plus qu’on ne le pense. On le sait, nos actions d’ici ont des répercussions là-bas et le futur nous apprendra sûrement que l’Afrique se réveillera un jour. La mondialisation ne concerne pas que les jouets ou les t-shirt provenant de Chine!
Si tous, nous ne pouvons participer, ni ne pouvons y habiter pour la vivre, tous, nous avons l’obligation morale de ne pas l’oublier. L’Afrique délaissée, négligée de toute part, niée, qui n’a jamais existé pour le monde occidental est pire que l’Afrique qui se meure, petit à petit de manque d’eau, de maladies, de conflits. Il faut parler de l’homme coloré, qui vit sur le continent africain.
Parlons enfin des résultats positifs, et pourquoi pas, des côtés négatifs s’il le faut, mais faisons attention de ne pas occulter la vie agréable des Africains, car le pur négativisme est néfaste pour tous. Découvrir le quotidien heureux, celui des rencontres, des mets savoureux pris en groupe, du partage du temps, des bons coups économiques, des joies du peuple, de ses gains, de leur beauté.
Avoir sa curiosité.
Pour que l’Afrique existe, même au Québec, nous pouvons en discuter, devant un verre, durant le bulletin télévisuel, avec des amis, avec la famille, avec ou sans ses habitants. Lire des livres à son sujet, et si possible, rencontrer les communautés immigrantes de notre quartier. Les saluer si le regard s’y prête. Poser des questions sur leur pays d’origine. Nommer l’Afrique telle qu’elle est, telle qu’on la perçoit. Même, si c’est au prix de l’erreur.
Et finalement, arriver à l’aimer sous toutes ses coutures.
Kintampo, Centre du Ghana

1 commentaire:
Super intéressant, mon amie. Comme toujours !
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