vendredi 18 mai 2007

Les villes, les villages


Trois jours après avoir acheté ma première vache. Mauvais achat... Au Nord du Sénégal, territoire nomade. Ndimb Peuhl (région de Louga).




Laure et Nogueye, en 2003, en zone nomade, au Nord du Sénégal


Il existe 5 grandeurs d’agglomérations en Afrique de l’Ouest. Selon mon expérience, bien sûr. C'est simplifié.

1) La capitale. Des millions de personnes. Presque tout les produits et services nécessaires y sont, sauf pour les pays les plus difficiles – je pense à la Guinée Conakry, Guinée Bissau – ou aux pays en guerre. La majorité des expatriés y vivent. Les routes sont assez bonnes. Mais je ne connais pas de capitale Africaine où la circulation routière n'y est pas anarchique. Les "taxi-man" sont de terribles, terribles cow-boy.

2) La grande ville. Population de plusieurs centaines de mille. Beaucoup de services, encore quelques produits d’exportation disponibles (genre du beurre!), mais pas d’administration, ni d’ambassades – donc, pas de visas. Quelques expatriés, faciles à reconnaître. Bon réseau routier.

3) La petite ville. Quelques milliers de personnes y vivent. Un peu de services, mais manque beaucoup de choses – alimentation, services hospitaliers déficients. Pour obtenir de quoi, il faut être très patient. Un jour, y’a des tomates, le lendemain, c’est fini. On arrive à se débrouiller – eau courante, électricité. Par contre, ça arrête souvent. Kintampo en fait partie. Keur Momar Sarr aussi (Sénégal, où j’ai vécu 4 ans), même si je le vois situé entre les deux (3 et 4). Par exemple, l’électricité et l’eau courante n’y sont que depuis 1998. En 1994, il n’y avait que trois téléphones, aujourd’hui, avec les téléphones portables, il doit y en avoir des milliers. Ouf. C'est ici que le réseau routier commence à être vraiment pénible.

À Kintampo, à ce jour, on croit être 9 expatriés. Un prêtre catholique polonais, un autre prêtre catholique de la Philippine, un Américain corps de la paix – volontaire pour deux ans, et hier, on a découvert que deux Anglaises et une Américaine - rencontrée ce matin - vivent à Kintampo!

4) Le village. Quelques centaines de personnes y vivent. Le village est presque toujours divisé par familles. Presque pas de services, pas d’eau courante, pas d’électricité. Mais un réseau familial très fort – et contrairement à ce que l’on croit, peu d’aide communautaire. Tout se passe à travers la famille. Sauf quand c’est un ami « intime ». Maisons sur la dure. Souvent paille, ou en banco – mélange de terre, d’argile, de retailles de récoltes et de bouses de vache.

Les deux pieds dans la… Hygiène quasi inexistante, par exemple, peu de toilettes saines. Tout autour, de l’agriculture extensive – rendement faible. Pas de charrue ou rarement. Le labour se fait avec un instrument à la main. Je n’ai jamais habité un petit village de ce type, sauf quelques nuits pour des petits contrats. Mais j'en ai vu des centaines, à travers les divers déplacements personnels et professionnels. À noter: on y est toujours bien reçu.

5) L’installation nomade. La plupart du temps, des habitations en paille – protégées de la pluie avec des sachets de plastique - qui se démontent facilement. Quelques familles (ou une seule famille) y vivent durant les mois où l’herbe est encore verte autour – période des pluies. Ils font des trous partout, pour récolter l’eau de pluie, afin d’abreuver leurs animaux – c’est assez dangereux, il y a des puits à ciel ouvert de manière anarchique. Les nomades sont avant tout de grands éleveurs d’animaux – vaches, moutons, chèvres. Quand la période sèche arrive, la famille migre, afin de trouver de l’herbe plus verte pour les animaux – qui sont toute leur richesse... Aucun service.

J’aime beaucoup ces endroits, surtout en zone sahélienne. Bizarrement, c’est assez propre. Par contre, autour, ce n’est pas le cas – les animaux salissent beaucoup. Mais là où la famille habite, il y a si peu de matériel que tout paraît très pur. Et l’espace, quand on en fait le tour du regard, est fantastique. On voit l’horizon à perte de vue, quand c’est aussi plat qu’au Nord du Sénégal.

C’est avec les nomades que j’ai compris, du moins en partie, l’esprit du mot liberté.

8 commentaires:

Anonyme a dit...

Un billet personnel dont la chûte est absolument fantastique. Encore là beaucoup de similitude avec le Guatemala que je connais.

Je te dirais que j'ai connu la zone 1-2-3 et 4. Que je décrirais différemment. Les zones 1 et 4 sont celles qui me sont le plus familières. 4 étant la communauté de Huacut, où, sans eau (quelques puits contaminés), sans électricité (sauf une autonomie énergétique de 1h ou 2 en soirée grâce à un système de panneau solaire rudimentaire) et sans systèmes d'égoût (des trous dans le sol).

Ce que tu appelles la zone 5 ressemble beaucoup à ce que plusieurs là-bas ont connu dans le temps de la guerre, mais avec la peur au ventre. De ne pas manger, oui. Mais la répression surtout et toutes ses atrocités. lls sont tous ces déplacés internes ou ces réfugiés qui ont fuit la répression. Tous ceux qui se sont terrés, la nuit, le jour, nus pieds, bébé au dos, à travers jungle, sans abri. Ou si peu. Mode survie.

À Huacut (zone 4) la route est presque impraticable en saison de pluie. La rivière pour laver les vêtements est à 1/2h de marche. Les terres sont non-productives, soit parce que inondées ou parce que sécheresse. C'est la brousse et les dangers reliés au feu des forêts entourant la brousse sont cycliques.

Je ne t'ai jamais partagé les images de Huacut. Je le ferai, si ça t'intérèsse. :)

J'arrête ici, j'ai déjà trop écrit ! Je termine en te disant que je partagerai cet url avec Lynn, une amie, si ça ne t'embête pas !

Anonyme a dit...

Toujours fidèle à te lire mais toujours difficile de rendre mon commentaire:j'essaie encore. Tu es digne des grands Explorateurs avec ta façon de rendre ton expérience! Ta fille est faite pour l'Afrique: elle a cette facilité de composer avec cette vie simple et riche. Est-ce du Moringa en arrière-plan de la photo de toi et la pauvre vache? Faites quand même attention aux attaques bactériennes; c'est trop pénible. Bye Gros bisous xxxx Françoise

C.Olivier a dit...

Salut Bibi, bonne lecture en français!!!

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Zab, l'Amérique du Sud doit être à la fois tellement semblable et différente... les pays en guerre, ou d'après guerre, avec leurs réfugiés sont d'une catégorie sans catégorie. Ce sont des espaces temporaires, quoique certaines existent depuis des dizaines d'années, c'est terrible, juste à y penser. Je ne connais pas ce coin, n'ayant été qu'au Costa Rica pour mon plaisir, en 1991.

Ce que je nomme la zone 5 (sans revue de littérature ;), ce sont des remarques personnelles, que je devrais élaborer, mais ça doit être écrit ailleurs, je devrais rechercher de quoi à ce sujet), c'est le "pays de nomades", ceux qui n'ont pas de lieu fixe, quoiqu'ils ont des terres, mais pas toujours. Ils doivent partager l'espace avec les sédentaires, et ça fait de nombreux blessés (genre machette), quand les sédentaires voient leurs récoltes bouffées par les moutons.

Oui, oui, tu peux partager bien sûr, Zab :) je me suis inscrite sur des sites de blogs (dont expat Blog et un autre).

Sinon, tu n'écris jamais assez, pour ma part!!!!

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Françoise, contente, contente de te lire! Laure n'a pas le choix... des fois, elle pique des crises, pour avoir de quoi qui n'existe pas ici, mais avec le temps, je vois qu'elle arrive à accepter qu'en Afrique, c'est pas comme au Canada. Elle devient patiente, avec le temps.

Pour les bactéries, on a déjà eu notre lot, depuis notre arrivée, n,ai crainte ;)

Non, derrière la vache, ce sont des arbres épineux, dont des acacias, typiques de la région. Mais derrière Laure bébé et la nounou, c'est la plantation de Moringa, à ses débuts, au Nord du Sénégal.

Anonyme a dit...

Magnifique la photo de Laure bébé et la nounou ;o)
Sylvie

NIGER1.COM a dit...
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blogue.
C.Olivier a dit...

Hello Sylvie, heureuse de te revoir.

Anonyme a dit...

Hello Caro! Tu as bien reçue mon courriel concernant la réserve de candidatures? Sinon, fais moi signe et je te renvoies ça illico!
Sylvie

C.Olivier a dit...

Hello Sylvie

Oui, bien reçu, d'ailleurs, mon ami ing.f. Olivier et Zab (d'ici) me l'ont envoyés! C'est drôle que tu m'en parles aujourd'hui, je vais justement tout envoyer via email, à une amie d'une amie de la ville de Québec qui va le poster - ils n'acceptent pas via e.mail, et aussi parce que lundi c'est la dernière journée (le 28) et jamais je n'aurais réussi à le faire parvenir à temps - même quand ils ont mis l'annonce. J'ai pas grand chance, mais j'essaie quand même.

On verra comment avancent les choses à Kintampo, si on reçoit le financement ou non, et si ça n'arrive pas, et que le Ministère me rappelle, alors je viendrai. Enfin, on verra dans le temps, tout est possible.

Un gros merci pour le suivi, Sylvie, c'est vraiment sympa de ta part.