jeudi 3 mai 2007

Conditions de vie des populations




Voici une habitation typique de la région, où vivent plusieurs personnes. On comprend qu’il est plus sain de rester dehors, même en temps de pluie.

Ils en endurent, les gens d'ici, et je me dis fréquemment que les Africains - et ceux vivant dans les pays souffrant d'un manque de développement - sont sûrement les plus courageux de la planète, car ils ne chiâlent vraiment pas souvent, et continuent inlassablement leurs tâches quotidiennes – préparer à manger, cultiver le sol, nettoyer, chercher un boulot de journalier - malgré le lot de difficultés qui apparaissent, pour une Occidentale, complètement insurmontables.

La base est faite en ciment, mais les murs sont fabriqués avec des briques composées d’un mélange de compost – de la paille, des résidus de culture céréalières – de la boue et quelque fois, de la bouse de vaches. Ça possède tout de même un avantage : ça garde plus frais que le simple ciment. Mais… quand il pleut, ça se détruit très rapidement. Alors, quand ils en ont les moyens, les propriétaires vont faire recouvrir les murs avec du ciment, comme on le voit en avant. Le toit est la plupart du temps fait de tôle ondulée.

Tous mes voisins vivent ainsi. Quand je suis invitée, ou quand je vais offrir mes salutations d’usage – par exemple, les parents des amis à Laure – ils ne me font pas rentrer à l’intérieur, mais ils sortent une chaise en plastique. S’ensuit une jasette toujours animée remplie de rires.

À l'intérieur des pièces, presque rien, sauf des matelas, simplement déposés par terre, et qui seront relevés au petit matin – on se lève vers 5H, 5H30 dans la région. Une femme préparera le petit déjeuner, avec des restants de la veille, ou du pain et de la margarine, suivit d’un liquide chaud que je ne connais pas encore. Puis, elle balayera le terrain, avec un petit balai fait de petits brins de pailles, si petit qu’il faut absolument avoir le dos courbé pour ramasser les feuilles tombées la veille, ou les os du repas de la veille jetés sur le sol. La préparation de la nourriture se fait devant la maison, souvent à même le sable, les toilettes sont extérieures (nos bécosses à nous!). Mais les jeunes enfants ne les utilisent pas, ils vont plutôt à l'arrière de l'habitation. S'ensuit, bien sûr, un cortège de petites maladies, surtout dermatologiques. Des furoncles, des pustules, des parasites, la gale, partout. Des petites blessures difficiles à guérir – je suis devenue l’infirmière du quartier pour quelques enfants. Je comprends pourquoi tous les enfants ont le crâne rasé, quand ils vont à l’école.

Difficile de ne pas écrire un billet au sujet de la pauvreté, du manque, de la grande pudeur des gens d’ici. Noblesse. Beauté qui me touche. Enfants courant partout, nous faisant la fête à chaque sortie. Réelle gentillesse de tous, et surtout, curiosité. Presque chaque jour, une personne, souvent une mère avec ses enfants, vient cogner à notre « forteresse » simplement nous voir. Montrer à ses enfants leurs premiers « blanc ». Laure provoque beaucoup de curiosité, et si aujourd’hui, elle ne comprend pas – je dirais même qu’elle a peur des enfants qu’elle ne connaît pas, surtout quand ils sont 60 autour d’elle – un jour, elle vivra mieux la différence.

Bel exemple, en tout cas pour moi, d’humilité, de joie de vivre – même si cette idée a été galvaudée, il reste que c’est tellement vrai. Les tam-tams, chaque soir, la musique, les prières chantées, autant pas les chrétiens que les musulmans, un heureux mélange de respect, de tolérance entre tout le monde, qui vit au grand jour – on voit les gens vivre au quotidien, ils n’ont pas de clôture, c’est intéressant… et très difficile de ne pas photographier, il y a des centaines de magnifiques photos à réaliser, mais… je ne me sens pas le courage de sortir mon appareil, de demander la permission… peut-être d’ici quelques mois, quand ils me connaîtrons mieux.

Donc, dignité. Espoir de jours meilleurs, tout en exécutant les difficiles tâches quotidiennes, souvent dans la boue. Et oui, je compare avec notre vie : je le sais, j’en ai beaucoup. De choses, d’amour, de douceurs, et… d’argent – si on compare, je le répète ;). Ne me manque que le bon boulot qui pourra satisfaire mes désirs de performances. Paradoxes, bien sûr.

Mais surtout attente et impatience de pouvoir enfin m’enthousiasmer devant la joie de Lowell, quand il trouvera ce financement qui pourra faire avancer la cause de la malnutrition en Afrique de l’Ouest.

4 commentaires:

Anonyme a dit...

La pudeur pour la photo... Ça demande en effet, une retenue, une certaine complicité. Je reconnais cette sensibilité chez toi, Caro. Je suis heureuse de te voir la bine sur la photo du scorpion. Tu es resplendissante ! :)

Anonyme a dit...

Allo Caroline,
Roxanne a bien hate d'avoir réponse à sa question concernant le petit chien à Laure Marianne (voir le commentaire dans cette discussion svp.) ;o)
Merci,
Sylvie

C.Olivier a dit...

Sylvie, elle l'appelle à peu près tout le temps "chien-chien", et les autres enfants (non francophones) disent la même chose, mais avec un funny accent!

Zab, je ne me reconnais presque pas lol! J'ai perdu un peu de poids, on dirait que ça me vieillit. Pour les photos, je trouve regrettable, car je ne vois que des photos magnifiques, des cadrages fantastiques, que je ne peux pas faire. Patience, "patience est base de toute qualité" lol!!!

Anonyme a dit...

Oui, il y a effectivement un côté frustrant à cet oeil curieux qui veut arrêter le temps d'une image la terre de tourner. Mais, à la fois, la photo prendra de l'"histoire", elle représentera plus encore lorsqu'elle sera prise, alors que le *croqué* sera devenu *ami*. :)

Ceci dit, la photo est aussi l'art du spontané, de l'instantané même, et parfois, la déclencheur "est parti tout seul" !!! ;-)

Pour le reste, arrête moi ça avec la "ça me vieillit" ! Je trouve ton visage doux sur cette photo.

Ici aussi, la balance a une tendance vers le bas. Bon, too much information pour ce coin du net ! ;-)